samedi 31 octobre 2020

Terre Rouge, Terre Noire (5)

le même

je le sais tu le sais
cliché
un livre un poème
n’est jamais le même
d’un lecteur
l’autre

ni la couverture
à laquelle dit-on
on ne peut le juger
sur la mienne le profil
de Cesare photo
tête légèrement penchée
ombres sur fond orange rosé
reproduit sur la tranche
et au dos tous droits réservés

ni la langue parlée
mon volume en français
je me demande souvent
si j’aimerais me passer
des trahisons du traducteur
autre cliché

ni les pages cornées
ni les passages annotés
ni le rythme imposé

dans mon poche
parfois
dans les marges
et bas de pages
j’envisage
de dessiner

vendredi 30 octobre 2020

Terre Rouge, Terre Noire (4)

lis

remuant les lèvres
sans émettre un son
formant les mots les vers
sans les prononcer
pour qu’ils n’appartiennent
qu’à toi
seul

à haute voix
plusieurs fois variant
intonations et intentions
jusqu’à épuiser
illusion tu n’es pas dupe
chaque vers chaque mot

d’une traite sans pause
tu avales engloutis
et les images et les mots
et les vers se mélangent
se répètent
infinis

page à page
dans l’ordre
ils furent écrits
ces vers ces mots
un poème par jour
trois semaines
d’un cycle perpétuel

picores au hasard
par-ci par-là
tourbillon répétition
des mots des vers
aléatoires allers-retours
d’avant en arrière
et d’arrière en avant

un crayon à la main
toujours un crayon
à la main
souligner pointer
un vers un mot
que tu aimerais
être de toi

jeudi 29 octobre 2020

Terre Rouge, Terre Noire (3)

tu

tu es peut-être vous
un vous de pluriel
tu permettras je l’espère
que je te tutoie

je ne connais de toi ni ni
ton nom ton visage
ton âge ton sexe
ton profil ta stature
tes rêves tes blessures

la statistique seule te donne corps
nuage de probables et de possibles
la multitude assure ton existence

je te devine
je te pressens
je te sais
je crois en toi
scientifique foi

je me sentirais bien seul
si tu n’étais pas

c’est un lien bien fragile
quelques lignes
c’est là toute leur sa beauté

et si tu es plusieurs
c’est une communauté
à laquelle enfin 
j’appartiens volontiers

mercredi 28 octobre 2020

Terre Rouge, Terre Noire (2)

dans le monde,

chaque jour plus petit
chaque jour moins vaste
chaque jour un peu plus
on s’éloigne pourtant

zébré de lignes
imaginaires on souhaiterait
dompté soumis on nous dit
jamais aussi dangereux
qu’il n’est plus sauvage

parcouru en tous sens
incessant flux
en perpétuelle accélération
l’horizon disparaît
quand on n’a plus le loisir
de le contempler

libre à quel prix
tout n’est qu’utilité
le temps c’est de l’argent
consomme on nous somme
avance avec la norme

en rotation révolution
dire qu’il suffirait
de s’arrêter
pour continuer à progresser

mardi 27 octobre 2020

Terre Rouge, Terre Noire (1)

Quelque part

dans le silence surchauffé
sous l’éclairage aride
d’une bibliothèque municipale
ou de quartier

bercé par la pluie
ploc ploc ploc
dans la cuvette de plastique
posée sur le parquet
de ta chambre de bonne

allongé sur un drap de bain humide
les jambes collées de sable
vert rouge ou noir
tamisant de la main gauche
ton carré de plage

sur le banc public d’un parc
aux pelouses piétinées de cris d’enfants
qui t’agacent et leurs ballons
trajectoires mal maîtrisées
jusque tes pieds
mais les jeunes femmes
qui les gardent après l’école

sur la banquette usée
d’un train de banlieue bondé
grincements incessants
de ton voisin qui dort
presque sur ton épaule

aux toilettes peut-être
moi aussi
je trouve l’endroit propice
par l’isolement qu’il procure

lundi 26 octobre 2020

4 x 10-15

Quatre gouâchis rapides, très rapides (10-15 minutes chacun grand maximum) improvisés samedi matin sur une chute de Canson qui traînait par terre (mon bureau n’est pas très bien rangé).
Les numéros correspondent à l’ordre dans lequel ces gouâchis ont été réalisés.

I - Jumeaux

II - Ennui(s)

III - Gesichter



IV - Falaises


4 x 10-15 (40 x 10 cm)

Mon honnêteté n’ayant d’égal que mon suprême talent, je vous avoue sans honte ni remords (mais avec quelques regrets) que ma faucheuse n’était pas tout à fait improvisée puisque je l’avais griffonnée la veille au soir sur un brouillon. Les autres numéros sont vierges (la faucheuse va s’occuper d’eux : ils vont mourir puceaux) de toute réflexion préalable.

Faucheuse, gribouillis - Brouillon


dimanche 25 octobre 2020

I Believe in Mermaids Too

Que faire de la peinture restant sur la palette ? Trois options me viennent en tête.
a - L’abandonner là où elle se trouve, laisser le volume de pigments en suspension dans l’huile durcir sur la planche de bois... Effectivement ma palette n’est plus tout à fait plate / plane.
b - Improviser des petites œuvres abstraites pour la série des Expériences CD - mais je ne sais déjà pas quoi faire des deux dernières réalisées...
c - Réaliser des petites images (plus ou moins) figuratives en quelques minutes, sans réfléchir ou presque, sur un morceau de carton qui traîne. C’est l’option que je privilégie ces derniers temps comme sur No Selfie et sur To my Last Breath. Cette fois, ça s’appelle I Believe in Mermaids Too.

I Believe in Mermaids Too
(18 x 14 cm)