samedi 7 mars 2020

En Retard (36)

Ma technique d’approche, mes orteils enchaussettés caressant la cheville de la jeune femme, se révèle redoutable d’efficacité. La jeune femme relève la tête. Ses yeux abandonnent le livre qui encombrent ses mains, se dirigent vers ma personne, doucement s’écarquillent. Elle me dévisage, elle m’envisage - ce n’est pas du Paradis... Elle me scrute, me reluque, me mate, me détaille. Elle me jauge, me décortique, m’inspecte, me dissèque, m’ausculte.
Ses yeux semblent trembler - l’émotion ? Sa bouche sans un cri s’ouvre grand - l’émerveillement ? Son livre, vernis de culture, glisse de ses mains vernies et tombe au sol vert-gris - quel grand poète je suis. Elle ne peut plus détacher son regard de moi - l’ensorcellement ?


Un haut-le-cœur la prend soudainement. Sa main droite (opportunément libérée de son Musil) se place devant sa bouche, comme pour retenir un flot de bile... qui ne viendra pas.



Ainsi, c’est ce que je lui inspire... le dégoût.


Je ne suis certes pas très présentable aujourd’hui avec mon orteil fraîchement amputé, mon doigt égaré, ma toge de plastique bleu constellé des restes de mon repas de la veille, mon pantalon plein de tâches de sang et de traînées de poussière... mais, tout de même, pour qui se prend-elle pour ainsi juger mon apparence et me juger sur mon apparence ?
Je ne suis pas qu’un corps, je ne suis pas qu’un extérieur - et, n’allez pas croire, je n’ai aucunement honte de mon image, quand je me regarde, je me force à ne voir que de la beauté, je suis pleinement dans une acceptation comblée de positivité vis-à-vis de ce que je suis et renvoie - je suis aussi un cœur et une âme et un esprit et un intellect, j’ai des pensées, des sentiments, des rêves et des fêlures. Je mérite autant que tout autre d’être aimé et respecté et accepté et consolé.

Montrer ainsi le dégoût que nous inspire son prochain n’est plus tolérable aujourd’hui... L’attitude de la jeune femme à mon égard est digne d’un autre siècle. Honteuse. Scandaleuse. Criminelle - oui, j’ose le dire.
Tant de luttes pour l’égalité des sexes pour en arriver là ? Pour que la seule réponse à celui qui veut sociabiliser et plus si affinités soit l’envie de vomir et qu’on ne s’en cache même pas ? Quelle infâme rétrograde...

vendredi 6 mars 2020

Au Louvre


La lecture, parfois, est un frein à la culture générale. La lecture peut être source d’erreurs.
Ainsi, à cause d’un livre de poche (acheté chez Maxi-Livres, du temps où l’enseigne semblait plus que vivoter et publiait ses propres éditions de poche), je ne peux m’empêcher de penser que la toile de Géricault ci-dessus reproduite (photographie personnelle réalisée hier) s’intitule « Le Colonel Chabert ». C’est pourtant un Lieutenant qui est représenté ici...
Ceci dit, « Le Colonel Chabert » serait un meilleur titre que le bien trop long « Officier de Chasseurs à Cheval de la Garde Impériale Chargeant » choisi par Théodore...
Ceci dit (bis), je n’ai même pas lu Le Colonel Chabert, de Balzac. Le livre de poche doit encore traîner, inviolé, chez mes parents.


Dis, Maurice, tu ne voudrais pas un peu lâcher ton piano et t’occuper de moi ?
Je suis lasse de ces musiciens frustrés qui me négligent...

jeudi 5 mars 2020

En quatre ?

Chez le coiffeur :
- Comment on les coupe aujourd’hui ?
- Qu’est-ce que j’en sais moi ? Avec des ciseaux, je suppose... et puis, chacun son métier... je ne vais pas vous apprendre le votre... c’est bien pour ça que je vous paye, non ? Je ne vous demande pas, moi, ce que je vais écrire demain...





À chaque fois que je sors de chez le coiffeur, je trouve que j’ai une tête à chapeau...

mercredi 4 mars 2020

Çiva

Le soir du dernier jour (le vendredi) de notre séjour en Bretagne, j'ai réalisé une nouvelle petite toile (à l'huile, donc) de la série Expérience CD avec les restes de peinture de ma palette. Le résultat ne m'a pas emballé du tout. Ramener une huile de Bretagne dans la voiture n’étant pas forcément évident (risques non négligeables d’étaler des couleurs partout), j’ai décidé de mettre à la poubelle cet essai qui aurait pu être le numéro 9. Élimination libératrice.

J’avais raconté il y a peu que j’étais peu satisfait de mon Expérience CD #7. Je l’ai donc détruite à son tour. Cette fois cependant, en économisant le support : je l’ai intégralement recouverte. Ce qui a donné Expérience CD # 7bis.
J’ai en revanche un peu triché en ne respectant pas deux règles propres à la série Expérience CD :
- peu d’improvisation ici : le résultat ressemble à ce que j’avais en tête en commençant.
- je n’ai pas utilisé que des restes de peinture mais ai repris de la peinture dans les tubes pour pouvoir finir.


Expérience CD #7bis
(10,5 x 14,5 cm)

mardi 3 mars 2020

Post-scriptum

Le talent, quoi qu’en dise la profusion de célèbre fils et filles de dans le cinéma, la musique, la littérature ou même les sciences, n’est pas contagieux... Le coronavirus l’est. Aucun rapport croyez-vous ?

Pourtant, le coronavirus pourrait bien effectivement faire de moi le meilleur pianiste du monde... ça ne dépend que de l’ampleur de la pandémie...

lundi 2 mars 2020

Le Piano de MLM (11)

Il faut d’ailleurs que je l’admette, m’entendre jouer sur un véritable piano - complet avec cadre, coffre, cordes, pieds et pédales - se révèle fort décevant. Quand je joue des œuvres que pourtant je maîtrise, connais sur le bout des doigts - c’est l’occasion ou jamais d’utiliser cette expression galvaudée - depuis mes plus jeunes années, comme les Impromptus de Schubert ou Sur un Sentier Recouvert de Janáček (très beaux diacritiques chez Leoš également) sur un piano complet, elles ne se ressemblent pas... elles ne ressemblent en rien à ce que j’ai en tête quand je les joue sur ma palette. Et je ne parle même pas de mes propres compositions...
N’avoir joué que sur ma palette sans me soucier des limites techniques actuelles de la facture de piano m’a mené bien trop loin. Je suis trop en avance sur mes contemporains. Les pianos actuels ne peuvent supporter mon jeu. Ni physiquement ni émotionnellement. Les pianos actuels semblent se désaccorder aussi vite que j’en joue, les cordes semblent en permanence au bord de la rupture ou, au contraire, de la totale distension, le bois semble sur le point de se fendre, d’éclater, les pédales cherchent en vain à me freiner. C’est une véritable torture à écouter... je pourrais croire, en m’entendant jouer, que je me contente de frapper les touches au hasard ou sans savoir ce que je fais - quelle ironie...
Il faudra probablement quelques années ou décennies encore avant que ne soit construit un piano capable de me suivre, de supporter la charge fantastique de mon jeu. En attendant, je me contente de ma palette.

Il m’arrive tout de même, de temps à autre, d’essayer un piano récent. Je garde, au fond de mon âme, un vague espoir - je suis un éternel et indécrottable optimiste - d’en trouver un qui rendra justice à ma musique et à ma musicalité.
Je me rends dans ce but dans des boutiques spécialisée. Où peu de temps s’écoule avant qu’un des vendeurs, honteux des instruments indignes de mon talent qui y sont proposés, ne me prie de quitter les lieux et d’aller jouer ailleurs.

Je continue de chercher et d’être déçu.

Hier encore, alors que j’assistai (sans avoir été invité) à une party dans un immense appartement au dernier étage d’un immeuble hausmannien, après que j’ai en vain tenté de lui imprimer la Lettre à Élise, un Steinway a préféré sauter par la fenêtre.


VEV, février 2020

dimanche 1 mars 2020

En Retard (35)

Toute entreprise n’a d’intérêt que si sa réussite n’est pas écrite d’avance. Le risque, le doute, la crainte de l’échec sont ce qui en fait tout le sel. La drague ne fait pas exception.

J’aimerais apprendre la timidité. J’aimerais ne pas savoir comment aborder les femmes. J’aimerais ne pas oser dire les femmes mais dire niaisement les filles. J’aimerais me tortiller ridiculement dans mon coin en attendant qu’elles fassent le premier pas vers moi. J’aimerais manquer d’assurance. J’aimerais que mes tentatives de séduction soient pleines de bafouillages et de compliments maladroits. J’aimerais trembler quand une fille me parle. J’aimerais ne pas être un tombeur.
J’aimerais quand j’aborde une personne du sexe opposé - il faudrait que j’essaye de draguer d’autres hommes, peut-être alors aurais-je (un peu) moins de succès et trouverais-je le frisson, l’excitation qui récompenseraient mes efforts - ne pas être certain qu’elle va succomber.
Ce n’est malheureusement pas le cas. Je suis - ce n’est pas pour me vanter, c’est un fait objectif - irrésistible. Toutes les femmes que j’ai accostées dans la rue ont eu le bonheur de coucher avec moi dans la demie-heure qui a suivi. Toutes m’ont assuré qu’elles n’avaient jamais pris autant de plaisir qu’avec moi. Et ça ne m’a jamais coûté plus de cent euros...

Malgré mon retard, j’ai un peu de temps à tuer pendant que je voyage dans ce métro. Autant  le mettre à profit, autant l’occuper, ce temps de transport, avec une nouvelle conquête, cette jeune femme qui fait semblant de préférer la lecture aux échanges humains.

Pour lui montrer que je ne suis pas dupe de son petit manège, je lui caresse la cheville du bout du pied - le gauche, celui qui a encore tous ses orteils, je sais être galant - et ,quand elle relève la tête, je lui adresse un clin d’œil et, d’un signe de tête, lui montre la bosse dans mon pantalon - j’admets, je triche un peu : mon érection n’est due qu’à mon récent réveil, ma Morning Glory n’a pas d’heure.