samedi 29 juin 2019

Bulletin météo (2)

Et si les théoriciens du Grand Remplacement (qui me semblait une totale affabulation, une absurdité, un attrape-nigauds, une mauvaise plaisanterie, une justification irrationnelle du racisme) avaient finalement raison ?
Regardez, ces gens-là nous imposent déjà leur climat...



Et effectivement, ce complot qui, il y a peu encore  me paraissait insensé, impossible, semble bel et bien à l'œuvre : pour retrouver de la fraîcheur, il va bientôt falloir mettre les voiles...


jeudi 27 juin 2019

Bulletin météo (1)

C'est officiel : pour cause de canicule, les candidats au DNB (Brevet des Collèges) disposent de quatre jours supplémentaires pour oublier les derniers conseils qui leur ont été prodigués.



C'est dommage pour eux, ce report... par ces grandes chaleurs,  une bonne hydratation est primordiale : les antisèches auraient sûrement été autorisées...



Quant à la pétition (devenue traditionnelle), déjà prête, se plaignant de la difficulté du sujet de mathématiques et demandant exigeant la bienveillance des correcteurs... il va falloir penser à l'antidater...

mercredi 26 juin 2019

lundi 24 juin 2019

Natacha - St Malo (4)

Essais (études eut été un bien grand mot) de ciel - j'aurais pu finalement le peindre directement, ce ciel...

Ciel # 1
(13 x 18 cm)

Ciel # 2
(13 x 18 cm)

samedi 22 juin 2019

jeudi 20 juin 2019

Natacha - St Malo (2)

Premiers essais à la gouache.


Natacha - St Malo (I)
(13,6 x 13,6 cm)


Natacha - St Malo (II)
(13,6 x 13,6 cm)

mercredi 19 juin 2019

Natacha - St Malo (1)

Une photo. Un premier croquis. Quelques notes (non utilisées par la suite)


Photo : Natacha Ferrer

Croquis & notes

dimanche 16 juin 2019

TOC (7)

J'ai gagné de nombreuses manches, de nombreuses parties de mon jeu : il y avait toujours un matheux boutonneux de classe prépa au lycée Kléber pour demander l'arrêt à Dordogne... pauvre victime inconsciente de ma science tactique, adversaire défait par mon savoir-faire stratégique, symbole vivant de ma domination mentale.

Abandonnant peu à peu ma feinte posture de dédain, d'indifférence vis-à-vis du bouton Arrêt Demandé, j'y jetai des coups d'œil de plus en plus appuyés... je me mis à défier du regard les autres occupants du bus 30, mes compagnons d'infortune. Je montrai mon inflexibilité, mon endurance, mon opiniâtreté. Je m'imaginai que mes concurrents avaient compris mon manège et qu'eux aussi désormais jouaient réellement, qu'eux non plus ne voulaient pas appuyer sur le bouton Arrêt Demandé... mais finissaient par s'y résoudre,  finissaient par jeter l'éponge et reconnaître ma victoire. Que les regards de défi amusés qu'ils me rendaient n'étaient pas qu'une réponse à mes propres provocations zyeutées mais bien la partie visible d'un bras de fer psychologique à qui n'appuiera pas sur le bouton Arrêt Demandé


Février. Ou mars. J'ai préféré effacer la date de ma mémoire. Probablement le 2 ou le 4 ou le 6 ou le 22 ou le 26. Un de ces jours où tout ne peut aller que de travers, partir à vau-l'eau... Après des semaines de victoires consécutives, de triomphes absolus, incontestables et incontestés...

Nous nous toisons du regard, la dizaine d'habitués à descendre à Dordogne dont je fais partie. Jamais un mot échangé entre nous pendant ces semaines de compétition à laquelle je suis le seul à prendre part, seulement des regards croisés comme on croise le fer. L'arrêt Dordogne approche. Le bus maudit approche de l'arrêt Dordogne. Le dernier arrêt avant Dordogne est passé. Personne ne bouge. Les mains, les doigts se crispent, tous, nous nous jaugeons du regard, tous nous évitons de regarder le bouton Arrêt Demandé. Personne ne fait un geste vers le bouton Arrêt Demandé. Tout ceci n'est que dans mon esprit, bien entendu, je suis le seul à jouer... Dernier feu vert, dernier moment possible pour appuyer sur le bouton, dernier espoir de victoire. Pourquoi personne n'appuie ? je suis le seul concurrent, je suis le seul à avoir une bonne raison de ne pas appuyer... C'est dans ma tête que tous les autres semblent retarder le moment d'appuyer sur le bouton Arrêt Demandé, c'est une simple impression, une image que je me construit à partir de rien. L'arrêt est là, à trente mètres, vingt mètres, quinze mètres, dix mètres, cinq mètres... L'arrêt est passé, le bus n'a pas marqué l'arrêt. J'ai perdu... Une dizaine de transportés, les habitués de Dordogne, éclatent de rire, applaudissent... tout ce beau monde descendra à l'arrêt suivant.

Est-il pire châtiment que de perdre à mon propre jeu, jeu auquel j'étais seul à jouer ? Pouvais-je imaginer pire humiliation ? Je dus supporter non seulement la punition mais aussi la honte et le remords de ne pas avoir suivi mes propres règles...
J'ai appris, compris, assimilé la leçon : je ne forçai plus jamais ma nature, ne fis plus jamais entorse à ma manie, à mon TOC...

samedi 15 juin 2019

TOC (6)

La mort dans l'âme, j'ai fait mon choix. Le 30. Parce que le 30 est de meilleure (disons plutôt de moins mauvaise) constitution que le 6 dans mon système, qu'il s'adapte un peu moins mal à mon TOC... et (surtout) parce que, dans le 6, résidaient encore la blessure et le déchirement imposés par la perte prématurée du 23, si pur, si léger, si gracile (je n'ai pas fait mon deuil)...

Le 30, sur son parcours, n'emprunte pas la rue Boecklin, c'est sa seule divergence avec le 23 devenu 6 (j'en saigne encore, à chaque évocation de cette tragédie, la plaie s'ouvre de nouveau) entre Papeterie et Dordogne : il longe les quais de l'Ill et y dessert la Cité-Dortoir Universitaire : je me suis retrouvé chaque matin dans un véhicule bondé d'étudiantes et d'étudiants.
Les spécimens mâles avaient les cheveux aussi gras que leur rire et portaient comme parfum celui de leurs aisselles. Ils installaient leurs conversations décousues faites de récits de soirées alcoolisées et de techniques de drague soi-disant infaillibles directement dans mes oreilles, après s'être installés (à ce qu'il me semblait volontairement) de part et d'autre de ma personne, comme si ma présence entre eux leur permettait de garder une distance nécessaire de sécurité. Les spécimens femelles étaient pires encore. Muettes, elles venaient (à ce qu'il me semblait volontairement... du moins j'espérais que c'était volontaire) coller leur débordante poitrine ou leurs fermes fessiers contre mon corps qui n'en demandait pas tant et me jetaient des regards haineux quand je risquais un coup d'œil dans leur décolleté ou quand je me mettais à chantonner Morning Glory.

Interminables, insupportables voyages dans ce bus trop rempli, dans cette chaleur de sauna, dans cette atmosphère de chaussettes sales...
Horreur, panique, mal-être... suffocation, sueurs froides, fourmillements... pas une fois je n'ai réussi à dénombrer les occupants du bus. Relégué, confiné, écrasé dans le fond du bus, je n'avais jamais la vue d'ensemble nécessaire à mon décompte. Aucun nombre pour contrebalancer l'horrible 30 que l'avant du bus affichait sur son front... Avec un peu de chance (aurait-ce vraiment été de la chance ? je ne crois ni au hasard ni aux coïncidences), nous étions 83 ou 75... ou 37 paires de XY pour 53 paires de XX...
Impossible de savoir ou même de deviner... juste espérer, s'illusionner...

Il me fallait pour survivre une échappatoire, un moyen d'oublier mon tourment.
J'ai alors fait ce que je fais dans ce cas, j'ai fait en sorte d'être le meilleur. Que pas un (ni une) ne me surpasse. Je suis entré en compétition. Contre tous les autres usagers du bus. Sans les avertir. Tout le monde n'en a pas l'esprit, celui de compétition, certains auraient pu ne pas jouer le jeu. C'est une chose que je fais souvent, de jouer contre les gens sans les prévenir. Ou de les prévenir une fois que j'ai gagné. Manger et finir son plat avant les autres... Monter les escaliers plus rapidement... S'endormir le premier... Le quotidien est une source inépuisable de petites victoires.
Dans le bus, les règles du jeu étaient simples. Il n'y en avait d'ailleurs qu'une seule, de règle. Je n'appuierai pas sur le bouton Arrêt Demandé. J'ai toujours détesté appuyer le bouton Arrêt Demandé. Le bouton Arrêt Demandé, je l'ai toujours considéré comme l'objet le plus répugnant et le plus immonde qui ait été créé. Je dois même admettre que le bouton Arrêt Demandé m'effraie un peu. Pas qu'un peu. C'est une phobie. J'ai essayé de me raisonner. Plus d'une fois, j'ai essayé. Rien n'y a fait. Me demander d'appuyer sur le bouton Arrêt Demandé, c'est me demander l'impossible, c'est me demander d'abandonner toutes mes craintes, tous mes tabous, me demander d'abandonner tout ce qui fait ma personnalité... Le jeu me permettait donc de joindre l'utile à l'agréable...
Ne pas demander l'arrêt. Surtout pas, en aucun cas, à Dordogne. Et pourtant chaque jour, sans avoir appuyé sur le bouton, sans avoir rien demandé à personne, à qui que ce soit, je devrais descendre à Dordogne, victorieux et fier, triomphateur de la faiblesse psychologique d'un autre occupant de la boîte à sardines numéro 30...

vendredi 14 juin 2019

TOC (5)

Dilemme...
Charybde ou Scylla ? Peste ou choléra ? Fromage ou dessert ? Stones ou Beatles ? 6 ou 30 ?

Choisir, c'est renoncer m'a toujours dit mon père. J'avais à l'époque déjà fait trop d'efforts, j'en avais déjà tellement bavé et sué et chié, j'avais déjà laissé trop de plumes et de billes, je m'étais déjà trop avancé sur ce chemin pavé des meilleures intentions pour renoncer à mon TOC. Ni 6 ni 30, mon choix était définitif, je refusai de plier, de céder, de ployer le genou face à cette renumérotation vile et inique et mesquine et blessante.
Je pris mes dispositions et mes plus solides chaussures de marche, je campai sur mes positions et sous les ponts : aucun bus n'est prenable ? Soit... j'irai au lycée à pied.

Mon entrée en rébellion pédestre ne se fit pas sans ampoules ni heurts ni quelques concessions.
Pour la première fois de ma scolarité que je rêvais buissonnière sans oser franchir le cap du cancrenat, je dus me résoudre à consulter mon emploi du temps. Moi qui, jusqu'alors, chaque jour, arrivais à 8h00 tapantes devant les grilles du lycée (et avant cela du collège Boecklin), ouvert à toutes les découvertes, prêt à fouler d'un pas léger mais décidé tout nouveau territoire de la Connaissance, totalement ignorant de ce qui allait m'être transmis, de ce qui allait m'être enseigné dans l'heure, impatient de connaître le contenu surprise (quelle matière ? quel chapitre ?) des cours qui allaient m'être dispensés, je devais à présent m'organiser un minimum pour optimiser mes déplacements.
Je remarquai alors que l'emploi du temps ne variait que peu voire pas du tout d'une semaine l'autre et que, par un malencontreux hasard qui, sûrement, n'en était pas un (je ne crois ni au hasard ni aux coïncidences), les cours les plus intéressants (philosophie et mathématiques) avaient systématiquement lieu en première heure tandis que les matières les moins nobles (langues vivantes) se vautraient confortablement dans les horaires post-récréation-de-10-heures.
Contraint en conséquence de me lever chaque jour aux aurores - il est inhumain (et même assez impoli) de se réveiller avant le soleil - je quittais mon lit (puis le logis - le temps du petit déjeuner est incompressible) tous les jours un peu plus tard au fur et à mesure que septembre, octobre et novembre égrenaient leurs 30 (moue embarrassée) ou 31 (sourire satisfait) jours mensuels...

Le temps imparti pour rejoindre le lycée s'amenuisant quotidiennement, j'ai peu à peu hâté le pas puis trottiné puis couru puis franchement sprinté tout le long du trajet - début décembre, j'étais fin prêt pour le cross académique UNSS, aucun participant ne pouvait se vanter d'un entrainement plus régulier que le mien. Les odeurs de transpiration de plus en plus présentes que devaient supporter mes camarades commençaient à me valoir remarques et surnoms. Mon état de fatigue devenait inquiétant... jusqu'à ce qu'un jour il devienne physiquement impossible de rallier le lycée en temps voulu.

Crises de larmes, crises de panique, crises d'asthme, vomissements, nausées, sensations d'étouffement, éruptions cutanées, pertes de cheveux par poignées, diarrhées aiguës, stupeur et tremblements, fièvres, convulsions, perte d'appétit, paralysies temporaires, impuissance... à mon corps défendant, je dus me résigner, je dus reprendre le bus. Le 6 ou le 30.

jeudi 13 juin 2019

TOC (4)

Bonheur ne dure qu'un temps. Nulle joie, nulle paix n'est perpétuelle, n'en déplaise à Manu Punkant dont j'ai étudié un texte traitant du sujet, au lycée Kléber.
Avant-goût de la Chute, le désastre s'est produit au début de mon année de Terminale : à l'occasion d'une très légère, d'une minime, d'une infinitésimale modification de son tracé - modification qui, par ailleurs, ne concernait en rien la portion pourtant conséquente de ligne que j'empruntais pour me rendre au lycée Kléber - la ligne 23 fut rebaptisée ou, plutôt, pour être plus précis et plus méticuleusement exact, fut renumérotée ligne 6...

J'ai longtemps, longuement cherché, en vain, sans parvenir à trancher, à qui à quoi attribuer l'origine de ce drame qui, à ma grande surprise, ne produisit que peu de remous - aucune manifestation, aucune pétition, aucune grève de la faim, pas même un éditorial assassin dans les Dernières Nouvelles d'Alsace, à peine quelques voitures brûlées (je suis un peu pyromane) qui passèrent inaperçues parmi les autres carcasses carbonisées de Strasbourg. Pourquoi ?

Pour rétablir l'équilibre ? Si j'optais systématiquement et exclusivement pour la ligne 23 en raison de son seul numéro, je suppose que je n'étais pas le seul à me comporter ainsi, que je n'étais pas un cas isolé : d'autres, de nombreux, la grande majorité des usagers devaient, comme moi, emprunter la ligne 23 au détriment de toutes les autres. Ces autres lignes, boudées, désertées - j'imagine, c'est fort possible, fort probable, que les bus des autres lignes étaient souvent, constamment, désespérément vides - il fallait agir pour que la balance ne penche pas trop, pour redistribuer plus équitablement les flux de personnes dans les transports en commun.

Ou alors, quelqu'un s'était bâti un TOC opposé au mien - c'est quelque chose que je peux concevoir même si je ne peux pas le comprendre - un système - assez stupide, à mon humble avis - où le 6 aurait tous les honneurs et le 23 serait voué aux gémonies. Et cette personne, après de multiples manigances, par d'ignobles entourloupes et de vils et inavouables stratagèmes, était parvenue à se hisser jusqu'au poste lui permettant d'imposer sa honteuse manie, son cauchemar chiffré à toutes et à tous, à tous les usagers et à toutes les usagères des bus municipaux, sans se soucier de leur bien-être : la direction du service de numérologie de la Compagnie des Transports Strasbourgeois.

Ou alors, le 23 s'est de lui-même transformé en 6 par multiplication automatique de ses chiffres (2 et 3) considérés comme des nombres. Destruction, combustion spontanée, auto-dissolution. Nulle beauté n'est éternelle. Nul n'échappe au fanage.

Pendant ce temps, simultanément, évidemment, heureusement, en compensation, la ligne 30 s'était elle aussi vue attribuer un nouveau numéro... Elle était devenue 17 ou 31 ou 53 ou, au pire, 7 ou 11... Non, bien sûr que non... dans ce récit, tout ne s'arrange pas par enchantement, d'un claquement de doigts, d'un clic droit sur la souris de l'ordinateur...
Le bus 30 était resté 30 (aujourd'hui encore !). Inertie de la médiocrité, on a beau frotter et frotter, la laideur ne s'efface pas si aisément, elle s'accroche, s'incruste, s'installe, rien ni personne ne peut la déloger, la faire disparaître... Aucune contrepartie à la disparition du 23, seul le souvenir joyeux d'une époque révolue...

mercredi 12 juin 2019

I sound my barbaric yawp...

...over the roofs of Versailles
à peu près Walt Whitman (in Song Of Myself)

Depuis mon (ancien) velux - Versailles
(17,8 cm x 17,8 cm)

Carnet de croquis

Carnet de croquis

mardi 11 juin 2019

TOC (3)

J'ai passé six (6 - moue dégoutée) années au lycée Kléber, qui, étrangement ne se situe pas place Kléber (où, en revanche, se trouve la FNAC, que j'ai fréquentée presqu'autant que le lycée - mais je m'éloigne du sujet, sale habitude que la digression) mais place de Bordeaux (où coule la Garonne et non la Dordogne), à Strasbourg. Pour m'y rendre, au bahut, j'avais, au départ, le choix entre deux lignes de bus - hors de question de me farcir le trajet à vélo, ce sont des engins mal conçus, à l'équilibre douteux, comme je l'ai déjà expliqué dans La Montre.
Dans l'agglomération strasbourgeoise, les lignes de bus sont désignées par des numéros. Les lignes 23 et 30 passaient toutes deux à proximité (je ne vais pas chicaner sur ce point, sur cette très relative proximité, ce n'est pas le sujet ici) de chez moi (de chez mes parents), précisément à l'arrêt Papeterie (il y a effectivement une papeterie) et me déposaient toutes deux à l'arrêt Dordogne (un pont à Strasbourg, sur l'Ill, s'appelle pont de la Dordogne, c'est tout aussi incongru que le fameux pont de la Garonne à Bourg-les-Essonnes de la chanson de Michel Dassin qui avait raccourci son prénom Joseph en Joe). Depuis l'arrêt Dordogne, il fallait marcher encore un petit kilomètre pour rejoindre le lycée, ce qui me contraindrait, aujourd'hui, à compter mes pas. On pouvait certes prendre un autre bus, pour deux arrêts, mais je m'y refusais catégoriquement (je ne me rappelle même pas le numéro du bus en question, c'est dire à quel point je n'ai jamais envisagé cette option), ayant toujours détesté les correspondances - j'ai perdu nombre d'amis à force de ne répondre ni aux lettres ni aux cartes postales ni aux mails ni même aux messages sur le portable...

Bref, je n'en étais qu'au début de mon TOC, qu'à ses balbutiements, il n'était, je n'étais pas au point, loin de là, mais il était déjà évident que je prendrais coûte que coûte le 23 et jamais, jamais, jamais le 30. Même en cas de retard. Même les matinées où le réveil m'aurait fait faux bond, même celles où j'aurais traîné sous la douche pour faire disparaître toute trace d'insomnie, même celles où j'aurais avalé de travers mon petit déjeuner et manqué de m'étrangler, même celles où mes parents m'auraient forcé à laver la vaisselle de la veille, passer l'aspirateur et récurer les chiottes avant de partir étudier...
ces dernières lignes, très Cosette, sont pures inventions
si mes parents avaient su se rendre utiles pour ma carrière littéraire
ils m'auraient davantage maltraité et j'aurais pu faire le récit de souvenirs plus marquants
que de ces histoires de bus dont tout le monde (moi y compris) se contrefout
C'est donc avec le 23 que je me suis rendu au bahut, 6 jours sur 7, rassuré, apaisé par la beauté de ce nombre, bercé par son absence de diviseurs et les cahots de la rue Boecklin.

lundi 10 juin 2019

TOC (2)

Mon TOC, donc. Que j'explique...
J'ai mis une onzaine d'années, à partir de mes seize, dix-sept ans, pour me bâtir un système logique performant (et suffisamment complexe pour être totalement hermétique à quiconque ne vit dans ma tête - ce qui restreint l'accès à une treizaine de personnes grand maximum) de classification des nombres entiers. J'ai réussi à me prouver, à me démontrer que chaque nombre entier a une valeur propre, en lui-même, spécifique, et que cette valeur n'a pratiquement rien à voir avec la valeur ordinale ou cardinale du nombre en question.

j'invite les allergiques aux mathématiques
(c'est-à-dire à peu près tout le monde)
à sauter le paragraphe suivant dans leur lecture

Je ne donnerai pas ici les détails de cette hiérarchisation très précise des nombres, cela prendrait trop de place pour un récit que je souhaite limiter à quelques pages et qui peine déjà à démarrer avec cette introduction laborieuse. Disons simplement que les nombres premiers en constituent la caste supérieure - un classement interne permet d'affirmer que le 17 vaut plus que le 29 qui, lui-même, vaut mieux que le 13, etc. - et les nombres pairs à un chiffre la lie (quelle horreur que le nombre 4). Entre les deux, s'intercalent les carrés parfaits, les multiples de 7, les nombres parfaits, les nombres qui égrènent les décimales d'irrationnels remarquables (parties entières de 10ln2, de 100ln2, de 1000ln2... de 10π, de 100π, de 1000π... de 10e, de 100e, de 1000e...)... pas forcément dans cet ordre. Bref, c'est compliqué - d'autant que les exceptions, comme en français, sont légion - et je n'ai pas envie de trop me dévoiler...

Cette hiérarchie entre les nombres est désormais pleinement ancrée en moi, je me suis on ne peut plus efficacement conditionné. Je passe mon temps, sans arrêt ni interruption ni pause ni repos, à compter, à calculer, à dénombrer et à mentir, travestir, inventer en conséquence. Les numéros de téléphone, les dates, les durées, les longueurs, les prix, le solde de mon compte bancaire, les âges, les distances, les codes de carte, d'interphone, les quantités, les poids... le nombre de mots, de lettres, de pages, de voyelles, de points-virgules, d'espaces... tous ces nombres doivent se plier à mon système, sous peine d'être modifiés, ignorés, oubliés, passés sous silence, volontairement erronés...

Exemple qui prête à sourire, je suis aujourd'hui mentalement et physiquement incapable de régler le volume sonore de mon téléviseur (indexé par le constructeur de 0 à 100) à un niveau autre que 7, 17, 23, 31, 37, 41, 53, 61, 67 ou 73. J'évite de même les stations de radio dont la fréquence ne correspond pas à mes canons de beauté numérique numérale numérotée.

J'ai également dû renoncer au tennis, à sa pratique - j'étais pourtant, du temps de ma jeunesse, un espoir mondial : mes montées au filet faisaient se lever les foules, mes amorties étaient des feuilles mortes, mes smashes des parpaings, mes services à la cuiller faisaient pleurer mes adversaires, mes revers se comptaient sur les doigts de la main gauche... - je ne pouvais me satisfaire de briller dans un sport consistant à disputer des manches de six jeux de quatre points...
Stefanos Tsitsipas m'a quelque peu perturbé pendant l'écriture de cette partie du récit
je fus même proche, dimanche dernier, de ne pas tenir les délais que je m'étais fixés

Ma manie pourrait n'avoir pas plus de conséquences si elle ne m'obligeait à tricher sur mon état civil (dates de naissance, de mariage, de décès, départements de naissance et de résidence), sur ma taille, sur les dates d'obtention de mes diplômes (mon CV n'a temporellement ni queue ni tête), si je n'étais contraint de ne plus me rappeler les anniversaires de mes (rares) proches et les réunions familiales auxquelles je suis convié - j'ai arraché de nombreuses pages à mon agenda...
Si j'ai, par exemple, 37 ans depuis (et encore pour) quelques années. Ce n'est pas par coquetterie, c'est que je ne peux vivre autrement... Je serai très heureux, bientôt, d'ici 7 ou 11 ans à peine, de pouvoir afficher 49 ans - 49 n'est effectivement pas un nombre premier mais il y a, comme je l'ai déjà dit, de nombreuses exceptions...

dimanche 9 juin 2019

TOC (1)

TOC


Il n'est en rien facile d'acquérir un TOC. Ceux qui, de manière naturelle, en sont doués, d'un TOC, ceux pour qui vivre pleinement selon une manie est inné, ne se rendent pas compte des efforts que cela demande, d'acquérir un TOC. De la discipline, de la rigueur, de la patience, de la maîtrise de soi que cela exige, d'acquérir un TOC. De ce qu'il faut être capable de s'imposer et d'endurer pour acquérir un TOC. De ce à quoi il faut renoncer pour acquérir un TOC.
Il en faut, du temps et de la volonté, pour s'imposer un rituel. Oui, beaucoup, énormément de temps, pour que ce rituel, d'abord réfléchi, pensé, calculé, totalement conscient, devienne peu à peu un réflexe, une mécanique à laquelle on ne peut échapper, un rythme sans lequel on ne peut vivre sereinement.
Plus d'une fois, au cours du long processus de formation et d'assimilation de mon TOC, j'ai été découragé. Plus d'une fois, j'ai failli baisser les bras. Plus d'une fois, j'ai envisagé d'abandonner, de laisser tomber. Puis, effrayé par la perspective de passer une vie entière sans passion (qui ne va pas sans obsession), j'ai (heureusement) persisté et suis parvenu à m'inculquer une manie, un TOC.


Mon TOC, je ne l'ai pas choisi à la légère, à la va-vite, comme on s'achète une voiture ou un appartement... Un TOC, c'est pour la vie. Une fois le TOC ancré au plus profond de l'être, il est presque impossible de s'en débarrasser, de le refourguer. Il faut donc bien peser le pour et le contre, faire preuve de discernement, de minutie dans la sélection de son TOC, ne pas se laisser tenter par les discours séduisants des camelots et des je-sais-tout de la psychiatrie moderne...
Je ne me suis pas non plus contenté, pour mon TOC, de bêtement copier les idées et les comportements que d'autres toqués avaient avant moi éprouvés et que la médecine avait déjà répertoriés et analysés. Passer mon temps à me laver les mains (même si, effectivement, je ne supporte pas bien longtemps de garder sales mes mains), vérifier des dizaines de fois que toutes les portes (boîte aux lettres comprise) sont bien fermées, aligner parfaitement les coussins sur le canapé, ressentir une peur panique irrationnelle face à un mot donné, face à un nombre donné ou face à une situation de la vie courante... très peu pour moi, je ne mange pas de ce pin noir là...
Il me fallait quelque chose de plus original, de plus élaboré, de plus personnel, du sur-mesure...

samedi 8 juin 2019

Précautions

Ah, tous ces bouquins d'auteurs médiocres qui, à peine entamés, à peine ouverts, nous tombent des mains...

Tenez, j'ai essayé de lire le dernier pavé d'un de ces écrivaillons qui vendent leurs livres à la pelle. Bilan : deux orteils cassés.

Pour la bonne santé de vos pieds, nous recommandons donc la lecture des Archives de MLM sur écran fixe (ordinateur) plutôt que sur tablette ou smartphone...

vendredi 7 juin 2019

01-14

Nous voyageons d'est en ouest

Que chaque jour soit
L'occasion
Sans cesse renouvelée
De rattraper
Et dépasser
Notre ombre

Progression

jeudi 6 juin 2019

La Roulette Russe (11)

La Roulette Russe est le sport idéal pour les mauvais perdants. Après la défaite, le vaincu n'a pas besoin de garder un sourire de façade, n'a pas à serrer la main de son adversaire, n'a pas à lui dire qu'il a bien joué tout en n'en pensant mot...



Mieux, les balles de revolver étant supersoniques, le vaincu n'entend pas le coup partir. Il ignore donc à jamais sa défaite. En Roulette Russe, on ne connaît que la victoire.



En Roulette Russe, c'est le vaincu qui récolte tous les éloges... fussent-ils funèbres.

mercredi 5 juin 2019

Surfin' Morbihan (again)

Mané Guen - Presqu'île de Quiberon, soleil couchant

Carnet de voyage

Carnet de voyage

mardi 4 juin 2019

Surfin' Morbihan (sur un air des Beach Boys)

A-t-on déjà entendu parler d'une attaque d'hippopotames par un requin ?
Jamais... ils n'osent pas, les requins, ils n'approchent pas...
Je propose donc, idée simple,  de peupler les eaux des spots de surf avec ces sublimes animaux, ces fabuleux pachydermes que sont les hippopotames et ainsi éviter les attaques des Dents de la Mer contre les adeptes des sports nautiques...


Je me doute bien qu'il n'est pas facile d'importer des hippopotames. Pour les remplacer, éventuellement, je signale qu'on n'a, à ma connaissance, jamais rapporté non plus d'attaques de crocodiles par des requins.


Enfin, si ni les hippopotames ni les sauriens ne s'adaptent aux plages que l'on souhaite protéger, il reste de nombreux animaux qui ne sont jamais attaqués par les requins et qui, jusqu'à preuve du contraire, pourraient donc éloigner les squales et protéger nos amis surfeurs : les girafes, les pandas, les renards, les lynx...




Modification le 10 juin 2019

dimanche 2 juin 2019

Génération perdue

Des enfants, 6-10 ans, sortent de Gibert, la librairie. De larges sourires leur déchirent le visage. Leurs yeux brillent d'une joie intense. Merci Mamie - baisers sincères à la grand-mère qui les accompagnent.
Quelle est la cause d'une telle joie ? Des livres et des jeux : leur grand-mère leur a acheté des livres et des puzzles...
Ce spectacle me dégoute.
Pauvres gamins... perdus... une génération dont on ne tirera décidément rien...
Moi, à leur âge, si j'avais eu accès - s'ils avaient seulement existé à l'époque - aux smartphones, aux tablettes, aux consoles et aux réseaux sociaux, je n'aurais certainement pas perdu mon temps avec des bouquins...

samedi 1 juin 2019

Ascenseurs du 13ème étage

I'm gonna miss you, Roky


Tentative d'hommage demain matin sur Disco1950

La Bibliothèque de Babel (3)

Dans certains - à vrai dire dans de nombreux - volumes de la bibliothèque de Babel, l'un ou l'autre de mes textes se trouve au milieu de textes de Borges, Chevillard, Gombrowicz, Bernhard, Martinet, Topor... j'accepte cette reconnaissance avec respect et humilité.


Dans certains - à vrai dire dans de nombreux - volumes de la bibliothèque de Babel, un texte de Borges ou de Chevillard, Gombrowicz, Bernhard, Martinet, Topor... s'est glissé au milieu des miens... cette confusion m'honore, je ne ferai rien pour dissiper le malentendu...


Certains - à vrai dire de nombreux - volumes de la bibliothèque de Babel, contiennent les mots suivants "la bibliothèque de Babel par MLM" ainsi que ses variantes "la bibliothèque de Babel par Maurice L. Maurice", "la bibliothèque de Babel de Maurice L Maurice" etc.
Il était temps que soit reconnue ma paternité sur ce texte absolument génial que j'aurais voulu écrire...


Dans la bibliothèque de Babel, il y a aussi d'innombrables volumes contenant "Et si c'était vrai par MLM", "Stupeur et Tremblements par MLM", "Le Da Vinci Code par MLM" etc.
Je vous préviens, j'exigerai un test ADN avant de reconnaître ma paternité sur tous ces petits bâtards...