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samedi 11 avril 2020

Dans la Boîte (3)

Je suis entré dans la boîte.

J’aurais pu ne pas y entrer, dans la boîte. J’aurais pu rester en dehors de la boîte. C’était une option tout à fait sérieuse. Acceptable. Envisageable.
Il faut bien l’admettre et le reconnaître et l’avouer, y entrer, dans la boîte, ne présente aucun intérêt. Si ce n’est le fait même d’y entrer, justement, dans la boîte - disons, d’un intérêt assez limité. Rien ou si peu à gagner, rien ou si peu à perdre. Rien à trouver, rien à inventer, rien à découvrir, dans la boîte. La boîte est vide, en effet. Ou ne contient rien de valeur. Rien de taille, rien d’imposant, assurément. Rien d’encombrant. Sans quoi je n’aurais pu y entrer, dans la boîte, et y loger mon corps tout entier, ventre et buste et fesses et membres postérieurs et antérieurs et tête et tronc. Il n’y a que peu d’intérêt à entrer dans la boîte mais - car il y a un mais, il y a toujours un mais, rien (ou si peu de choses, presque rien) n’admet nulle concession - quel intérêt y a-t-il à rester en dehors de la boîte ?
Tant de décisions à prendre, tant d’alternatives à étudier, tant de questions à trancher. Quotidiennement. Sur toutes sortes et mille et un sujets d’importance. On en ressort lessivé. Épuisé. Lassé. Usé. On renonce. On manque d’envie. On ne veut plus prendre position. On s’abstient, hausse les épaules. Dès lors, les choix désintéressés, inutiles, qui ne prêtent à aucune conséquence, sont, sans conteste, puisqu’on pourrait ne pas avoir à les faire, ces choix, les plus difficiles.
Je suis entré dans la boîte parce que je pouvais y entrer, dans la boîte, et parce que je pouvais ne pas y entrer, dans la boîte, parce que j’avais le choix - entrer dans la boîte ou ne pas entrer dans la boîte - et parce qu’à un moment, j’ai opté - entrer dans la boîte plutôt que de rester en dehors de la boîte - comme j’aurais tout aussi bien pu opter différemment.

mercredi 15 avril 2020

Dans la Boîte (7)

Avec moi, dans la boîte, glissés dans les minuscules interstices laissés par mon corps, un bouchon de liège (sa base me laisse des disques grenache et syrah sur la peau), une pelote de fil (deux ou trois mètres environ, pas plus), une page de magazine chiffonnée, serrée en une boule compacte (elle ne serait de toute façon pas restée lisse bien longtemps, la feuille de papier glacé, dans la boîte dont mon corps occupe tout entier l’espace), un sac plastique. Au bouchon, au fil, au pochon, je ne leur trouve aucun usage, dans la boîte. Quant à ma page de magazine, je ne la lis pas, faute de trouver, dans la boîte, posture adéquate. Ils ne me gênent pas pour autant, ce bouchon, ce fil, ce sac plastique et cette boulette de papier. Je ne m’en débarrasse pas, de ce bouchon, ce fil, ce sac et cette boule, je ne les jette pas au loin. Je m’accommode de leur présence. Malgré leur inutilité.
Sait-on jamais ce qui peut être utile, dans la boîte, avant d’y avoir mis les pieds et les mains et la tête et le ventre et les fesses, dans la boîte ? Une fois à l’intérieur de la boîte, une fois qu’on y est entré, dans la boîte, il est trop tard. On ne ressort pas de la boîte pour aller chercher ce qui manque dans la boite et y retourner, dans la boîte. Ressortir, aller chercher ce qui manque et retourner dans la boîte est vain. On n’entre pas une seconde fois dans la boîte avec la même envie que l’on y est entré une première fois, dans la boîte. On n’entre pas une seconde fois dans la boîte.

mardi 14 avril 2020

Dans la Boîte (6)

Je pourrais dormir dans la boîte. C’est une occupation comme une autre du temps, dormir. D’une façon autre, certes, probablement moins appréciable et probablement moins réparatrice que si je n’y étais pas, dans la boîte, mais je peux y dormir, dans la boîte. Je suis déjà en position, pour dormir. Dans la position que j’adopte habituellement, lorsque je ne suis pas dans la boîte, pour dormir. En chien de fusil. Allongé sur le côté. Les jambes repliées sur la poitrine, embrassées. C’est ainsi que je dors. C’est ainsi également que je me tiens, dans la boîte. Il m’est impossible, dans la boîte, de me tenir autrement. Dans aucune autre position, je n’ai réussi à y loger mon corps tout entier, buste et tête et fesses et membres antérieurs et postérieurs et tronc et ventre, dans la boîte.
Je dormirais mieux, si je dormais - car, présentement, je ne dors pas, je ne fais qu’émettre une supposition ; et si je ferme les yeux (et je les ferme effectivement les yeux, je ne me contente pas de m’imaginer les yeux clos), c’est pour me concentrer, mieux réfléchir, plus facilement m’imaginer dormant (il parait que cela aide, de fermer les yeux, pour réfléchir et se concentrer ; pour ma part, je n’ai jamais constaté de réelle différence, jamais senti de réelle amélioration de mes capacités intellectuelles lorsque j’abaisse les paupières ; j’essaie tout de même, ça ne coûte rien d’essayer, je prends la pose) - hors la boîte, sur le canapé ou sur le futon, sous un plaid en laine, ou sur le lit, même un peu trop ferme, sous la couette, même un peu trop épaisse, calé sur un oreiller, même un peu trop mou. La boîte tout en arêtes et en coins et en angles droits n’offre aucun confort, mon corps tout en courbes et rebonds et arrondis s’adapte excessivement mal à ces lignes brisées.
Cependant. En y entrant, dans la boîte, je ne cherchais nullement le confort. Entrer dans la boite n’a strictement rien à voir avec une quelconque notion de confort, d’aisance, de bien-être, de luxe, de calme, de volupté. Le confort, c’était de rester en dehors de la boîte, de ne pas y entrer, dans la boîte. Il est toujours plus confortable de camper sur ses positions, de s’en tenir à ses petites et honteuses manies, de ne pas chambouler ses risibles et mesquines habitudes.

vendredi 17 avril 2020

Dans la Boîte (9)

Jusqu’à présent, je n’ai parlé que de la boîte, que de ma boîte - le possessif est probablement abusif - alors qu’il y a plusieurs boîtes. Plutôt que la boîte, à chaque fois que j’ai dit la boîte, j’aurais dû dire l’une des boîtes. Il y a plusieurs boîtes. Qui varient. Par la taille, le volume, les dimensions, la qualité et la rigidité du carton, la couleur, les décorations extérieures, la présence ou l’absence d’inscriptions - HAUT BAS FRAGILE SALLE DE BAINS LIVRES DIVERS... toujours en lettres CAPITALES - sur le couvercle ou les bords de la boîte...
Il n’est pas à exclure qu’il y ait même des boîtes de bois ou même de métal.


La boîte que j’ai choisie, je l’ai choisie sans me préoccuper de sa décoration extérieure et sans estimer son volume intérieur. Je ne l’ai pas choisie non plus au hasard. J’ai choisi une boîte. La première. La plus proche de moi. Il y avait suffisamment de place pour moi dans la boîte, dans cette boîte, dans la boîte que j’avais élue, la boîte la moins éloignée de moi, suffisamment de place pour y loger mon corps, mon corps tout entier. Je suis entré, me suis installé. N’y aurait-il eu pas assez de place, dans la boîte, dans cette boîte qui est devenue ma boîte, que, peut-être, en cas d’échec, je serais allé tenter ma chance plus loin, dans une autre boîte. Je ne peux rien affirmer de ce que j’aurais alors décidé si je n’avais pu entrer dans la boîte, dans cette boîte. Le cas ne s’est pas présenté, il y avait de la place, suffisamment de place dans cette boîte, la boîte qui est devenue ma boîte.

lundi 13 avril 2020

Dans la Boîte (5)

Que faire, une fois dans la boîte ? Une fois entré, dans la boîte ? Dois-je faire quelque chose, dans la boîte ? Suis-je supposé, censé y faire quelque chose, dans la boîte ? Y a-t-il besoin d’y faire quoi que ce soit, dans la boîte ? Y a-t-il quoi que ce soit à y faire, dans la boîte ? Y être, dans la boîte, alors qu’existe la possibilité de ne pas y être, dans la boîte, n’est-ce pas déjà faire quelque chose ? Être, dans la boîte ou non, n’est-ce pas déjà faire quand on pourrait ne pas être ? Dois-je en rajouter ? Dois-je en faire plus ? Davantage ?


Les divertissements, les distractions sont rares, dans la boîte. C’est une simple constatation. Un énoncé purement objectif d’un fait. Pas vraiment un problème, ceci dit. Je me satisfais, il faut dire, de peu. Un rien m’occupe. J’ignore l’ennui. Je peux passer des journées entières à regarder les feuilles voler au vent, à accompagner de claquements de langue les chants des oiseaux, à observer, sans interférer, par la fenêtre, la vie s’écouler à l’extérieur, à contempler, au plafond, le ballet muet des insectes, à m’inventer, dans les éclats de peinture du mur, des tests de Rorschach, à suivre chaque rai de lumière comme un phare dans la nuit. Je sais profiter de tous les spectacles, même des plus anodins, les savourer.

jeudi 9 avril 2020

Dans la Boîte (1)

Dans la Boîte

suivi de

Lettre Compte Double





Si j’entre dans la boîte - et je ne me contente pas d’émettre une hypothèse sans fondement, de théoriser pour l’amour de l’art, de brasser du vent, de pisser dans un violon, de chier dans un tromblon (à cou lisse), un hélicon, pon pon pon pon, non, j’y entre effectivement, dans la boîte - si je m’engouffre dans l’ouverture, si je me faufile à l’intérieur de la boîte, si je m’insinue, si je m’infiltre, si je m’incorpore, c’est qu’il y a de la place dans la boîte, suffisamment de place pour moi, pour y loger mon corps tout entier, le buste et le ventre et la tête et les membres antérieurs et postérieurs, mon corps certes replié sur lui-même, un peu tassé, un peu serré, comprimé, à l’étroit, contraint à des positions peu habituelles, entier tout de même.

La boîte aurait été plus petite, un peu plus petite, pas plus petite dans un rapport de 1 à 1000 ni de 1 à 10 ni même de 1 à 5, pas minuscule, la boîte, un peu plus petite, que j’y serais entré tout de même, dans la boîte. Car elle est en carton, la boîte. Déformable, donc. Légèrement déformable. Dans une certaine mesure. On ne peut le plier et le contraindre à l’envi, le carton. Le tordre en tous sens, sans limite, sans faire attention. C’est un matériau fragile, le carton. Il faut y aller mollo. Ne pas trop insister. Ne pas risquer de déchirer les bords ou le fond ou le couvercle de la boîte.

La boîte aurait été un peu - pas beaucoup - plus petite que je me serais malgré tout glissé à l’intérieur de la boîte et que la boîte, pour accueillir le volume de mon corps tout entier, le ventre et le buste et la tête et les membres postérieurs et antérieurs et les fesses, se serait déformée, légèrement déformée, raisonnablement déformée, et en aurait épousé les contours, les contours de mon corps plus à l’étroit encore.

vendredi 10 avril 2020

Dans la Boîte (2)

Évidemment, la boîte aurait été de bois en planches épaisses, d’un bois dur et raide - je ne parle pas d’une cagette de fines lames de peuplier souple et flexible, non, je parle de chêne ou de merisier, de bois noble et solide et robuste, de bois qui rompt mais ne plie pas - alors là, dans ce cas là, précis, je n’aurais pas été capable de la déformer, la boîte. La pression exercée par mon corps sur les parois de la boîte n’aurait pas suffi à les déformer, à les repousser, à les courber, les parois. Et il m’aurait été impossible d’y entrer, dans la boîte. D’y entrer pleinement et complètement et entièrement, fesses et tête et membres postérieurs et antérieurs et buste et ventre.
Ce qui ne signifie pas que je n’aurais pas au moins tenté d’y entrer, dans la boîte. Que je n’aurais pas essayé de forcer le passage. De m’en frayer un, un passage. J’aurais adopté des postures insensées, effectué des mouvements ridicules, je me serais soumis à des exercices d’assouplissement, j’aurais entamé et suivi à la lettre, sans le moindre écart, un régime, je me serais contorsionné, je me serais désarticulé, je me serais allongé et rompu les tendons et les ligaments, je me serais brisé les os et les cartilages, je me serais râpé la peau, déchiré les chairs, je me serais rasé les poils, me serais épilé et me serais enduit de lubrifiant, huile d’olive ou de vidange ou graisse pour chaîne de vélo ou vaseline ou gel d’aloe vera, je me serais rongé les extrémités, taillé les oreilles en pointe, limé les dents, pour y entrer, dans la boîte.

Au pire, ma tête ou l’un ou un autre de mes membres ou le rebondi gracieux de mon ventre ou de mes fesses aurait dépassé de la boîte, mais j’y serais entré, dans la boîte. Pas entier, certes. Entré tout de même - ce n’est qu’une question de point de vue.
Au pire du pire, la boîte aurait été beaucoup plus petite, dans un rapport de 1 à 1000 ou de 1 à 100 ou même seulement dans un rapport de 1 à 10 que je me serais satisfait de m’y asseoir, dans la boîte, d’y poser mon séant, d’y introduire une phalange ou deux, d’en humer et respirer l’air intérieur, j’y aurais laissé un peu de moi, dans la boîte, de ma personne, quelques poils, un peu de peau morte, quelques gouttes de salive ou de sperme ou de cyprine ou de sang ou de lymphe. De quoi permettre une identification ADN. De quoi en prouver mon occupation, de la boîte.

lundi 22 juillet 2024

Allumettes

Natacha a acheté une nouvelle boîte d’allumettes. Pas hier ni avant-hier ou même la semaine dernière. Non, il y a quelques mois déjà qu’elle l’a achetée cette boîte avec des allumettes, bien alignées dedans la boîte qui les renferme.
Il y en avait déjà pourtant un bon paquet de boîtes d’allumettes à la maison. On en a une pour chaque usage. Pas de boîte d’allumettes mutualisée chez nous. Il y a la boîte du bureau pour allumer l’encens quand je m’adonne au fakirat qui n’est pas la boîte pour allumer l’encens pour quand Natacha fakire dans la chambre qui n’est pas la boîte pour l’encens du temple syogancrétique de Natacha là-haut dans la chambre de bonne encomblée qui n’est pas la boîte d’allumettes pour allumer les bougies (d’anniversaires ou autre) ou pour servir de bougies, pour les remplacer sur le gâteau d’anniversaire, directement, quand on n’en a plus, des bougies - nous l’avons déjà fait, oui.
Des boîtes d’allumettes, on en avait déjà de nombreuses - quoique, les doigts des deux mains suffisent à les compter, pas même besoin d’être atteint de polydactylie (j’aime ce mot, polydactylie, je barbarise régulièrement un adjectif, polydacte, sur la même racine) pour les compter, ce n’est donc pas tant, pas si nombreux, numéreux - et s’il en fallait une nouvelle, il y a quelques mois déjà, peut-être treize quinze seize dix-huit ou vingt-et-un, je ne sais plus, c’est parce qu’il y avait un nouvel usage, parce que nous en avions une nouvelle utilisation possible, nouvelle utilité.

Aux toilettes. Voilà, c’est dit. On comprendra sans explication l’objectif, le but. Allumer la poudre de cade. Surnommée poudre à cacade. Oui, je fais aussi des jeux de mots laids. Jeux de mots scatholicologiques. Il y a plusieurs mois, disais-je, qu’elle est là, au-dessus, cette boîte d’allumettes, du réservoir d’eau, à côté du bouton pressoir de la chasse, de l’évacuation d’eau. Alors, pourquoi l’évoquer, maintenant, cette boîte après tout ce temps ? me dira-t-on. Voire, j’en connais, des ronchons, pourquoi l’évoquer tout court, cette boîte d’allumettes ? Remarquez que je ne vous ai pas forcé à lire ceci, si ça ne vous intéresse pas mes histoires d’allumettes, vous pouvez toujours aller voir ailleurs, pas de problème. Moi même, je ne me relirai pas.
Il y avait un moment qu’elle me dérangeait cette boîte d’allumettes. Un truc qui ne collait pas. Un truc pas net, louche. En fait, non, pas la boîte. La boîte, elle, je n’avais rien remarqué au début. Ce sont les allumettes elles-même qui m’ont… mais la boîte, forcément, elle est à l’avenant. Les allumettes que Natacha a achetées pour les teuchs - un peu de verlan de ma composition ; après vérification, teuch, normalement, ça veut dire chatte comme teub signifie bite… pour ma part, teuch, c’était pour désigner les chiottes - sont plus grandes que la normale. Un peu plus longues. Pas comme les allumettes pour allumer les barbecues et qui sont longues comme le bras. Un peu plus longues que les autres allumettes de la maison. Celles pour l’encens du bureau, de la chambre, du temple de yoga, celles de la cuisine.

C’est le moment de se rappeler ce que j’avais prévu de drôle à propos de la longueur des allumettes. Et qui justifierait que je me sois lancé dans cette improvisation. Une histoire d’économie. De couper les bâtonnets soufrés dans un sens ou dans l’autre. Mais dans la longueur c’est trop fragile, l’allumette se casse quand on la frotte. Et couper dans la hauteur, le plus logique quand les allumettes paraissent démesurées, n’est pas meilleur, car il n’y a du soufre qu’à une extrémité. Et je suis alors, pour enflammer l’autre moitié de l’allumette, celle qui n’a pas de soufre, obligé de craquer une allumette. On n’y gagne pas grand chose. Y avait-il autre chose ? Avais-je trouvé meilleure idée ? Quelque chose de vraiment drôle ? Dois-je aller fouiller dans mes notes ? Elles sont où ces notes ? Dans quel carnet ? Ou bloc ? Ou feuille volante ? Quand ai-je imaginé pour la première fois ce texte sans l’écrire ? Pourquoi l’ai-je tant laissé traîner ? Car il ne m’inspirait pas ? Pourquoi alors m’y mettre aujourd’hui ? Pour m’en débarrasser ? Cela vaut-il la peine ?
On laisse tomber ? Oui, on a des projets plus sérieux sur le feu. Ah, ah, sur le feu… allumettes ? non ? Tant pis.

samedi 18 avril 2020

Dans la Boîte (10)

Je me suis établi, dans la boîte. Quand personne a priori n’y songeait, à s’y établir, dans la boîte. Personne pour sûr n’avait franchi le pas, de la boîte. J’ai pris tous les risques, je me suis lancé dans l’aventure. Seul. Sans demander à quiconque ni aide ni assistance ni soutien logistique ou moral ou autre. Et voilà qu’à présent, on cherche à me chasser de la boîte. À me faire sortir. À me déloger. À m’exproprier. À m’expulser. On cherche à prendre ma place. Ma place dans la boîte. Ma place dans ma boîte.
Toutes les boîtes, sauf ma boîte, la boîte que j’occupe, sont pourtant libres. Il suffit de m’imiter, de prendre de la graine, de s’inspirer, de tirer la leçon, les leçons, de faire mieux, d’améliorer, perfectionner, d’éliminer le superflu, de garder l’essentiel. Je suis prêt à partager mon expérience. Je n’ai rien à cacher. Aucun secret jalousement gardé. Je ne me soumets à aucun accord de confidentialité. Il reste tant à explorer, à découvrir, à inventer. Tant de boîtes. Je ne prétends pas que c’est facile. Ce n’est pas si ardu - ce serait me vanter.


Les coups désormais pleuvent sur la boîte. La boîte, le carton de la boîte, n’abrite qu’un temps d’un tel orage. Le carton contre une telle averse ne s’avère guère plus protecteur qu’une feuille de papier journal. La boîte, le carton de la boîte, n’amortit pas, presque pas, les coups, n’abrite pas des coups. Je les ressens, les coups, à travers les parois de carton auxquelles ma peau colle littéralement. Un papier journal me protègerait tout autant. Pas beaucoup moins. À peine moins longtemps.

dimanche 19 avril 2020

Dans la Boîte (11)

Pour me défendre, il faudrait sortir de la boîte. En sortir, de la boîte, au moins l’un ou un autre de membres postérieurs ou antérieurs. Pour parer. Esquiver. Riposter. Contre-attaquer. Ne pas se contenter d’encaisser. De subir.
Ai-je seulement une chance de l’emporter ? Ma défaite n’est-elle déjà consommée ? Sortir, même partiellement, ne serait-ce pas s’avouer vaincu ?
Je ne suis pas entré dans la boîte pour fuir. Me mettre à l’abri. Couler une vie paisible et sans obstacle et sans aspérité. Retirée. Éloignée des affres du monde. Vie cachée, vie heureuse. Entrer dans la boîte ne peut avoir la sécurité pour objectif.

Si je ne me défends pas - et, effectivement, je ne me défends pas, ce n’est pas qu’une supposition en l’air, une hypothèse formulée pour l’amour de l’art - si je fais le dos rond, si je supporte et encaisse les coups, n’est-ce pas la boîte elle-même qui finira pas y passer ? Par céder. Se déchirer. Partir en morceaux et en lambeaux et en poussière. Disparaître.
Et si l’ennemi n’était pas celui qui s’acharne sur le carton de la boîte ? Et si celui qui s’acharne sur la boîte était un ami ? Un bienfaiteur ? Un bon samaritain ? Si c’était pour mon bien, que l’on cherche à m’en faire sortir, de la boîte ? Si la boîte était le véritable danger ? Un piège qui se serait refermé sur sa proie, moi ?


L’attaque cesse aussi brusquement qu’elle avait débuté. À travers les trous dont est à présent constellé le carton de la boîte, nulle trace de l’assaillant. Évaporé. Enfui. Sublimé. La boîte est dans un état misérable. La boîte ne vaut plus le combat, ne mérite plus l’assaut.
Ai-je gagné ? Ai-je perdu ? Probablement les deux. C’est-à-dire ni l’un ni l’autre. Goût de défaite.

mercredi 22 avril 2020

Lettre Compte Double (2)

Oh, et si, pauvre fou de toi, tu as lu Dans la Boîte hier soir, au lit, et qu’aussitôt terminée ta lecture, tu as, dans un geste automatique, mécanique, éteint la lampe de chevet et t’es installé sur le côté, sur le flanc, en chien de fusil, pour dormir, ton état doit être pire encore. Le marchand de sable t’a posé un lapin complet et de la nuit tu n’as trouvé le sommeil réparateur. Tu t’es tourné, tourné, tourné et retourné entre tes draps roses (quelle groupie tu fais), tu as repoussé la couette - tu étais trempe, en sueur - tu l’as remontée jusqu’aux épaules - des frissons te parcouraient l’échine et le derme - et si, un bref instant, quelques secondes minutes à peine, tu as pu fermer les yeux, ce n’était que pour mieux te réveiller en sursaut, dans un cri d’enfant terrorisé.
J’avais pourtant précisé annoncé prévenu indiqué dès le début du texte, dès le titre : Dans la Boîte suivi de Lettre Compte Double, Lettre Compte Double précédé de Dans la Boîte... Il ne fallait pas faire de pause entre les deux textes qui, en conséquence, n’en forment plus qu’un, il ne fallait pas t’interrompre dans ta lecture.
Je ne te blâme pas, je ne fais que me dédouaner, au moins partiellement : torts partagés, nous sommes quittes ou doubles.


Tout est Dans la Boîte, l’origine de ton mal comme le remède, tout s’est mis en place en quelques phrases, tout sera guéri en quelques mots, il n’en paraîtra bientôt plus rien et nous pourrons ensemble rire - ha ha ha hi hi hi ho ho ho ; pourquoi donc personne ne rit en faisant hu hu hu ? - du bon tour que je t’ai joué.

Considère tes symptômes. Que t’évoquent-ils ? Établis ton diagnostic.
Un état de manque ? J’aurais réussi à te rendre accroc à mes scribouilleries ? C’est ce que tu penses ? Au point que tu ne puisses plus t’en passer, pas même quelques secondes ? qu’il te faille ta dose quotidienne de jeux de mots et d’onomatopées détournées ? ta ration journalière de maximes approximatives et de lapalissades assumées ? Crois-moi... si j’en avais la faculté, je ne me priverais pas...
Tu n’es cependant pas loin d’avoir raison... tu chauffes tu brûles attention tu refroidis tu chauffes de nouveau. Reprends Dans la Boîte. Parcours ses lignes. Cherche bien, le célèbre vers de ce bon vieux Alphonse en tête, cherche. Oublie le nullissime jeu de mots final, garde toi de toute tentative d’interprétation du texte - il n’y a ni métaphore ni symbole no allégorie ni apophtegme ni chiasme ni métonymie ni oxymore ni zeugma - concentre toi uniquement sur les lignes, sur les phrases, sur les mots, sur...
Voilà, tu y es, tu as trouvé. Ta douleur déjà s’évanouit. Un sourire, un peu crispé encore, se dessine aux commissures de tes lèvres. Mettre un mot sur les maux est toujours le premier pas vers un prompt rétablissement de tous mes vœux. Oui, ce que tu ressentais au plus profond de toi, ce manque, était de la nostalgie. La sensation d’une perte. L’aiguillon de l’absence. Une seule lettre vous manque et tout est dépeuplé : Dans la Boîte est un lipogramme.

Bien entendu, tu t’en veux de ne pas l’avoir remarqué plus tôt, tu éprouves un peu de honte à t’être fait prendre à ce vieux piège usé par plus de 25 siècles de pratique, tu te dis que notre alphabet n’est pas si riche - je n’écris ni en idéogrammes ni en hiéroglyphes - qu’une lettre sur vingt-six à la trappe, ça devrait te sauter aux yeux, qu’une telle Disparition ne devrait pas passer inaperçue. Ne te flagelle donc pas tant, ne sois pas si dur avec toi-même - charité bien ordonnée ne fait pas le moine - nous sommes tous faillibles.

De plus, je peux me vanter d’avoir été subtil. J’ai choisi la discrétion. Tu me connais, je ne suis pas du genre à étaler ma brillante technique pour contourner les difficultés grammaticales inhérentes à la privation du s, pas du genre à puiser des mots rares et oubliés dans ma collection de dictionnaires antédiluviens pour trouver de vagues synonymes aux mots qui me seraient interdits à cause d’un e, d’un l ou d’un m que j’aurais banni. Pour ce qui est d’écrire tout un bouquin délesté d’une lettre du bécédé, fut-elle première, quelle dèche d’humilité, je ne me sustente point de ce pin-ci, je suis plus vicieux, plus retors, je construis mes scribouillis l’esprit exempt de tout désir de briller.

jeudi 16 avril 2020

Dans la Boîte (8)

Je tourne en rond dans la boîte. Façon de parler. Disons que j’ai entamé une rotation. Sur moi-même. Une révolution. Dans un sens puis dans l’autre, dans l’autre sens puis dans le premier. Dans le sens direct, indirect, le sens horaire (notion relativement floue que celle de sens horaire dès lors qu’il en existe, des montres et des horloges dont les aiguilles tournent dans le sens inverse des aiguilles d’une montre), anti-horaire, le sens rétrograde, le sens trigonométrique, le sens commun, le sens des affaires, le sens dessus-dessous. Le mouvement n’a rien d’aisé (mon corps emplit, à quelques interstices près, la totalité du volume de la boîte) ni d’utile (la symétrie centrale que le parallélépipède de la boîte admet assure la vanité de toute recherche de meilleure position par le biais d’une rotation) mais (il y a (presque) toujours un mais) se suffit à lui-même. Le mouvement constitue sa propre justification.
Combien de temps vais-je rester, demeurer, dans la boîte ? Qui sait ? Pas moi. Je ne sais. Je n’ai pas la réponse. Pas même un indice. Pas encore. Pas déjà. Probablement ne l’aurai-je, la réponse à cette question, qu’au dernier moment. Juste avant d’en sortir effectivement, de la boîte. Mieux vaut se préparer à un long séjour. Préparer mon corps, ma poitrine et mon dos et ma nuque et mes coudes et mes genoux, à un long séjour dans la boîte. Un peu d’exercice ne peut me faire de mal.

lundi 20 avril 2020

Dans la Boîte (12)

Mon estomac proteste. Mes intestins borborygment. Mes membres, antérieurs et postérieurs, flageolent. Mes lèvres tremblent. Je sens monter (et descendre) une faiblesse. Hypoglycémie. Fringale. Dalle. Crocs. Impression de me vider de l’intérieur. De fondre de l’intérieur. Mes organes internes rétrécissent. Mes organes internes se consomment eux-mêmes. Je ne remplirai bientôt plus la boîte. Je ne toucherai bientôt plus ses bords, ceux de la boîte. Qu’adviendra-t-il alors de moi ? Qu’adviendra-t-il alors de la boîte ?

Manger dans la boîte ? Dans cette position ? À condition de ne pas avoir peur de se salir. De s’enduire et de se tartiner la peau - qui en a bien besoin après un si long séjour dans la boîte : rashs, purpura, boutons et plaques purulentes prolifèrent déjà sur mon épiderme - et les poils de lipides et glucides et miettes et protéines et fibres et sels minéraux. Sans pour autant se sustenter.
Et la digestion dans la boîte ? Ainsi tassé, comprimé, serré, à l’étroit. Ça risque de mal passer, de ne pas descendre en pente douce...
Et les déjections ?

Ma décision est prise, je sors de la boîte :


FAIM !

mardi 18 janvier 2022

Tel Quel (1)

écrit le 18 / 01 vers 9h30 - corrections mineures en recopiant à 17 h 00


J’étais, hier soir, assis par terre, sur le parquet, au milieu du salon, en tailleur, penché sur mes Absences - rendez-vous dans quelques jours - étalées devant moi, à les trier, les classer. La position n’était pas très confortable. Je me suis rejeté en arrière, pour m’étirer le dos et la nuque qui commençaient à me faire souffrir, ai posé les mains au sol pour m’appuyer et pouvoir mieux creuser ma colonne vertébrale dans le but de la détendre. Sous ma paume droite, dans ma paume droite devrais-je sûrement dire, pas au milieu de la paume mais dans la partie la plus charnue qui se trouve à la base des doigts, j’ai senti un objet dur, saillant, une pointe qui entrait, tentait d’entrer dans ma peau.

J’ai tout de suite su que ce n’était pas un clou qui dépassait des lames. Je n’ai même pas pensé à un clou. S’il y avait un clou qui sortait du parquet à cet endroit, il y a longtemps que je l’aurais remarqué. C’est maintenant que je pense que ç’eût pu être un clou. À ce moment-là, hier soir, je ne me suis pas demandé si c’était un clou, la possibilité que ce soit un clou ne m’a pas effleuré.

J’ai immédiatement su également que ce n’était pas une punaise. Je n’ai non plus même pas pensé à une punaise. Il y a des siècles - c’est une exagération, une hyperbole peut-être, Wikipedia que je consulte entre deux mots me propose un adynaton, mot à retenir pour plus tard - que je n’ai pas utilisé de punaise. Pour les photos au mur, j’utilise de la patafix - c’est certainement une marque déposée, je ne suis pas sûr de l’orthographe et ne connais pas le nom générique - alors même que la patafix, ça tient mal. Il faut recoller, repositionner régulièrement les photos, elles glissent le long du mur… mais on s’épargne les trous.
Ceux du mur - quoiqu’on s’en fout des trous dans le mur. Ça se rebouche facilement un trou de punaise. Un trou de clou aussi. Il n’y a que les proprios pointilleusement bornés qui comptent, lors de l’état des lieux de sortie, à la fin d’un bail, les trous de punaise et de clou dans les murs.
Ceux dans la photo. Quoiqu’on s’en fout aussi des trous dans la photo. Les photos qu’on accroche au mur directement, sans cadre, sont des photos souvenirs, en petit format, pas des photos d’art. Il suffit de les tirer de nouveau, de les développer de nouveau, si les trous gênent, ça ne coûte pas grand chose.
Pour les posters, les affiches, les illustrations découpées dans les magazines ou les articles de journaux, c’est plus emmerdant la patafix. C’est gras, la patafix. La patafix, ça finit par laisser un rond luisant dans les quatre coins du papier… mais est-ce tellement plus grave que d’y laisser un trou de punaise ? Alors, j’utilise de la patafix plutôt que des punaises.
Non, ce ne pouvait être une punaise. Toute ma réserve de punaises est réunie dans une petite boîte en plastique rangée dans un tiroir de mon bureau dont on ne la sort jamais. Jamais - ce n’est pas une exagération, cette fois. Jamais.

En réalité, je ne me suis pas posé la question de savoir ce qu’était cet objet pointu qui s’enfonçait dans ma paume. Je ne me suis pas donné le temps de la réflexion. Dommage, ç’eût pu être un jeu intellectuel amusant. Je me le suis gâché, ce jeu, par un mauvais réflexe. Sentant la gêne - ne parlons pas de douleur, n’exagérons pas - dans ma main, dans la paume de ma main, immédiatement, j’ai regardé ce qui la provoquait.

mardi 21 avril 2020

Lettre Compte Double (1)

Lettre Compte Double

précédé de

Dans la Boîte


Cher Lecteur - tu permettras que je te tutoie,

Je te dois mes plus plates et insincères excuses. Moi qui devrais te choyer, toi, ami si rare - quasi unique - ami si précieux - pense à faire un don, j’accepte les chèques - ami si patient - jamais tu ne te plains de ma faible productivité ; pourtant avide de mes calembours et bourre et ratatam, tu attends, à la fois fébrile et stoïque, que mon œuvre doucement s’intégrale, sans jamais venir fouiner dans mes brouillons ou fouiller dans ma corbeille à papiers à la recherche d’ébauches et d’inédits - moi qui devrais te cajoler, te bichonner, te chouchouter, te minoucher, te passer de la crème et tes moindres caprices, te lécher les bottes et ton divin postérieur et cætera et cætera... je ne peux m’en empêcher... c’est plus fort que moi... comme une seconde nature...  toujours, sans cesse, il me faut te malmener, te prendre à rebrousse-poil, t’en faire voir de toutes les couleurs et des vertes et des pas mûres avec mes textes qui ne mènent nulle part, tournent en rond, ne font que creuser encore et encore le même sillon pour mieux s’embourber, avec mes constantes nouvelles idées, à mon goût évidemment géniales, en réalité inabouties, à peine suffisantes pour emplir un paragraphe que je raccrocherai artificiellement à un vieux texte en cours de rédaction depuis des années, à un de mes multiples projets reporté sine die, sans arrêt définitivement abandonné puis remis sur le tapis, à jamais proche d’être mené à bien, avec mes centaines de pages de brouillons qui ne sont que ressassements et finiront en un galimatias d’à peine 1717 mots...


Tu viens d’achever ta première lecture de Dans la Boîte.
Claustrophobie ? Sentiment d’enfermement ? D’étroitesse ? Manque d’espace ? Besoin de grand air ?
Non ? Rien de tout cela ?

Crois-tu mon effet raté ? Crois-tu que j’ai cette fois échoué dans mon entreprise de manipulation ? Que le marionnettiste s’est emmêlé les fils ? Tu crois t’en tirer à bon compte qui fait les bons amis ?
Pourtant, ne le nie pas, tu te sens patraque, mal fichu, un peu... quelque chose ne passe pas, quelque part dans l’estomac ou dans les tripes ou en travers de la gorge, comme une écharde dans le pied à l’étrier, la paille dans l’œil du voisin, un doigt dans l’engrenage à contre-courant, a flatulent pain in the ass... sans compter ce grincement de dents que tu ne peux réprimer et ce sanglot que tu étouffes à grand peine.
Un simple dérangement gastrique ? Une petite diète ne te ferait certes aucun mal - une petite diète ne peut jamais faire de mal : faites ce que je dis, pas ce que je fais...
...cet en-cas que tu as avalé, que dis-je ?, englouti, gobé - tu étais si excité, après une si longue attente, des semaines, des mois, des siècles, Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? je ne vois que le soleil qui... oh, si, enfin, un nouveau texte de MLM ! mieux ! deux nouveaux textes ! nous sommes sauvés de l’ennui bleu-barbant... - juste avant de dévorer Dans la Boîte, tu aurais dû prendre le temps de correctement le mâcher, le mastiquer - depuis le temps qu’on se tue à te le dire et répéter... le temps du repas est précieux, sacré, jamais perdu... mange moins vite et ne parle pas la bouche pleine...
...mais non, il ne s’agit pas d’une indigestion. Ni l’acidité de ton estomac ni le gras de ton foie ni la fenaison de ta flore intestinale ne sont à l’origine de ton piteux état...


Pas plus que tes soucis professionnels ou tes peines de coeur : ils n’ont ici pas voix au chapitre, pas même au paragraphe.

mercredi 18 janvier 2023

# 1478

12 janvier après-midi
Après déjeuner, comme tous les jours, je m’installe dans le canapé. Comme tous les jours, je m’allonge. Deux plaids sur moi. Souris par dessus les plaids. Souris, c’est mon chat. Et comme tous les jours depuis que nous sommes en 2023, sauf dimanche dernier mais on avait bu à midi, je ne dors pas. Je suis en forme. J’ai retrouvé de la forme. Je me lève le matin à une heure raisonnable. Je ne me couche pas tôt et j’arrive à lire des dizaines de pages sans m’endormir. Je ne fais pas de sieste. Je ne dors pas. Je ne fais que me mettre en position mais je ne dors pas. Au bout de 20 minutes, comme tous les jours, je m’extirpe tant bien que mal du canapé et du poids du chat que rien ne semble pouvoir réveiller.

Je me rends à Page et Plume. Je veux acheter Corps et Bien de Desnos en poche. Il n’y en avait pas d’exemplaire chez mon bouquiniste ce matin chez qui je suis passé, la boutique se trouve sur le chemin de la cathédrale. C’est en début de semaine, à la FNAC, que j’ai eu envie d’acheter Corps et Bien. Je m’étais arrêté à la FNAC en rentrant du bureau de poste. Juste pour regarder, fouiller, trouver des idées, aucune intention d’acheter quoique ce soit à la FNAC, surtout pas des livres. En traînant dans le très très maigre rayon Poésie, j’étais tombé sur Corps et Bien. J’avais détesté les quelques extraits de Corps et Bien étudiés en classe pour le bac de français, en première. C’est la raison pour laquelle j’ai ouvert, en tailleur sur la moquette de la FNAC, le poche de Corps et Bien, voir ce que j’en pense vingt-et-quelques années plus tard. Je feuillette, picore. Je trouve ça bête, très bête parfois. De jeux de mots proches de la contrepèterie en veux-tu en voilà. Et même des choses proches de ce que j’ai moi-même écrit il y a quelques années et que je garde précieusement, à l’abri des regards et des lecteurs. Certains passages de Corps et Bien, en travaillant un peu, j’aurais pu les écrire mais je me suis arrêté en chemin, je trouvais ça nul. Il me fallait donc un exemplaire de Corps et Bien, pour me rassurer, me sentir moins con.

Page et Plume. Leur rayon Poésie est très fourni. C’est un régal. Je prends un Corps et Bien, je ne suis pas venu pour rien. Au rayon Essais, je feuillette le Cours de Poétique de Valéry. Paul, pas François. Deux volumes relativement épais. L’événement littéraire de ce début d’année à ce qu’il paraît. Ça m’a l’air trop compliqué pour mes capacités. Retour au rayon Poésie. Il n’y a pas de recueil de Valéry. Je n’ai jamais lu Valéry. Ni prose ni poésie. Peut-être, si sa poésie m’éclatait au visage, aurais-je davantage envie et courage de me plonger dans ses cours donnés au Collège de France. Tant pis, ce sera pour plus tard.

Deux jeunes femmes genre Bohème mais pas trop - non, je n’ai pas dit bobo, ce n’est pas ce que je pense. Genre un peu folles mais pas au point d’être hermétiques. Ce qu’elles consultent dans les rayons (notamment au rayon Poésie) et ce que je crois deviner de leur conversation me donne envie de les écouter. J’aime écouter les gens parler entre eux. Et noter quand c’est intéressant leurs échanges. Je me place à proximité, fais mine de fouiller dans un tas de livres. J’ai beau tendre l’oreille, je n’entends rien. Trop discrètes malgré les couleurs voyantes de leurs tenues et la flamboyance de la chevelure rousse de la plus grande des deux. Dans le tas de livres que je faisais mine de fouiller, Louis-Ferdinand Céline, le trésor retrouvé, court récit de Jean-Pierre Thibaudat, le journaliste qui était le dernier en possession des fameux manuscrits retrouvés de Céline avant leur publication. Je le prends en plus de Corps et Biens. Ne prendre qu’un poche chez le libraire, je trouve ça mesquin. J’en prends toujours deux au minimum.
L’histoire de ces manuscrits mythiques par celui qui en connaît toute l’histoire, je la lirai le soir même en rentrant à la maison. En une petite heure. Sauf le résumé de La Volonté du Roi Krogold. Résumé trop détaillé, ça me gâcherait la future lecture. Dans la rue en pente (je n’arrive pas à retenir son nom, c’est celle où l’on trouve pas moins de quatre boutiques de lingerie et qui aboutit, tout en bas, au Quick) entre la place des halles (qui ne s’appelle pas ainsi, la place) et la rue (avenue ?) Jean Jaurès, je m’imagine étant entré en possession de ces manuscrits inédits de Céline. Je crois que j’aurais tenté, juste pour voir, après l’avoir remanié, remis un peu à ma sauce, d’en envoyer l’un ou l’autre à une maison d’édition. Pour voir la réaction. Pour le canular. Pas pour tricher, pas pour voler le travail. Simplement sonder le travail, la compétence des comités de lecture.

Je passe devant Saint-Michel des Lions. Curieusement sans avoir envie d’y entrer. C’est une très belle église pourtant je crois me souvenir pour l’avoir visité il y a quelques années. En revanche, parvenu place de la République, je ne tourne pas vers la maison. Je continue tout droit. Entre dans Saint-Pierre du Queyroix. Curieuse église. Plan carré. On ne sait trop dans quel sens la prendre. Il y fait plus sombre que dans la cathédrale. L’ambiance y est pourtant plus chaude, plus chaleureuse, il me semble. Il y fait aussi plus chaud, moins froid, il me semble. Peut-être n’est ce dû qu’à l’heure. Il fait toujours plus chaud à seize heures qu’à onze. Je m’installe sur une chaise, teste la luminosité en essayant d’écrire dans mon carnet. Pas de problème particulier.
C’est là que j’ai un flash. J’ai déjà écrit dans un lieu qui n’était pas mon bureau. C’était à Dijon. Je crois que je n’ai encore raconté ça à personne. Je suis allé un matin au musée des beaux arts. Et je me suis installé sur une banquette pour écrire. Comment n’y avais-je pas repensé le matin ? Ça avait été une matinée formidable. Très productive. J’avais projeté d’y retourner régulièrement, très régulièrement. Tous les jours pendant une ou deux semaines de vacances. Avais finalement renoncé, je n’avais pas osé. C’est dommage. Le texte entamé à l’occasion, La Barque Bleue n’a jamais été achevé. Ne le sera probablement jamais. Le sujet de La Barque Bleue ? MLM qui se pose sur une banquette du Musée des Beaux-Arts de Dijon pour écrire La Barque Bleue.
Si je me décide à écrire à Saint Pierre du Queyroix, il faudra avoir un sujet, peut-être même une trame de texte. Hors de question de parler de l’église en elle-même, du travail que j’y fais, de la réaction des rares visiteurs. Je ne veux pas présentement un texte expérimental. Ni un texte qui raconte sa propre écriture - alors que c’est mon objectif depuis des années. Non, je veux écrire un vrai roman. C’est de ça dont j’ai envie depuis quelques jours, maintenant que je suis apaisé, d’un vrai roman. Apaisé oui et non. Car cette coupure m’a ramené à l’existentielle question : que faire ? Et je n’ai envie que d’une chose : écrire. C’est à écrire que je veux me consacrer. Et relire Héros et Tombes m’a donné envie de laisser de côté mes textes vaguement expérimentaux pour écrire, tenter d’écrire un vrai roman. J’ai toujours envie de donner une forme définitive à La Montre, à Dans la Boîte, à Humeurs… mais ce ne sera pas pour tout de suite. Là, j’ai envie d’écrire mon Héros et Tombes. Ou mon Cent Ans de Solitude. Il va me falloir de l’organisation et du travail. Je suis probablement incapable d’écrire un monument dans la lignée d’un des deux cités - qui n’ont rien à voir entre eux - mais AI-JE VRAIMENT ESSAYÉ ?

En sortant de Saint Pierre du Queyroix, j’ai acheté une bouteille de rhum.

PS : écrire un roman dans la lignée de Cosmos ou de Ferdydurke m’irait aussi, il n’y a pas que les Sud-américains qui sont excellents.

vendredi 15 janvier 2021

Je t’ai cherchée

Je t’ai cherchée au fond de mon lit, entre mes draps, sous l’oreiller.
Je t’ai cherchée sous la douche. Je t’ai cherchée dans mon bain et dans le bidet, dans le siphon, dans les bidons de savon liquide. Je t’ai cherchée sur le trône et par le trou de la serrure.
Je t’ai cherchée dans l’armoire, entre les serviettes, entre les culottes, sous les chaussettes. Je t’ai cherché dans la penderie, derrière les manteaux d’hiver, pendue entre deux vestes d’été. Je t’ai cherchée dans le meuble à chaussures, odeur de cuir, odeur de pied.
Je t’ai cherchée à table. Je t’ai cherchée dans mon assiette, au fond de mon verre.
Je t’ai cherchée dans le lave-vaisselle, dans les tambours du lave- et du sèche-linge. Je t’ai cherchée dans la poussière accumulée sous les meubles. Je t’ai cherchée au milieu des produits ménagers.
Je t’ai cherchée entre les lames du parquet. Je t’ai cherchée dans la cour, chez les voisins. Je t’ai cherchée dans la rue et au boulot.
Je t’ai cherchée dans mes blessures. Je t’ai cherchée dans mes plaisirs.
Je t’ai cherchée chez mes idoles. Je t’ai cherchée chez mes ennemis. Je t’ai cherchée dans les lieux de culte. Je t’ai cherchée dans les lieux de cuite.
Je t’ai cherchée au cinéma. Je t’ai cherchée à la bibliothèque. Je t’ai cherchée au restaurant, chez le disquaire et au gymnase.
Je t’ai cherchée dans mon bureau, dans ses tiroirs. Je t’ai cherchée dans mes carnets. Je t’ai cherchée dans mes brouillons. Je t’ai cherchée dans Une Rencontre, je t’ai cherchée dans Dans la Boîte.

Je t’ai cherchée. Je t’ai cherchée... mais je ne t’ai pas trouvée...
La bonne idée pour le billet du jour.

samedi 23 octobre 2021

J.L.B. & P.M.

J’ai commandé hier soir, il était presque vingt-et-une heures, les deux volumes réunis en un coffret des œuvres complètes de Jorge Luis Borges - je suis absolument incapable de prononcer correctement les nom et prénom de mon héros argentin, j’ai de la chance de tenir un blog et non d’animer un podcast - en Pléiade. J’en ai profité pour m’acheter En Territoire Cheyenne d’Éric Chevillard et ai failli prendre deux trois autres bouquins mais ai renoncé - beaucoup de complications qui seraient trop longues à narrer alors que ce n’est pas le sujet du présent billet.
Je m’offre chaque année deux volumes de La Pléiade. Un agenda est offert pour l’achat de deux volumes. J’ai les agendas de La Pléiade des onze dernières années. Depuis 2012. Celui de 2022 sera mon onzième. Je les ai tous conservés. Dans les premiers, dans les plus anciens, on trouvera mes rdv notés. Ceux chez le médecin, rares - j’évite le plus possible la fréquentation des médecins, c’est mon côté Poquelin - et ceux pour les cours particuliers de mathématiques, de physique et de chimie que je donnais alors à travers l’agglomération dijonnaise.
Un jour, me rendant en bus à l’autre bout de la cité des Ducs, un long trajet, j’eus une idée de texte ou de poème - je ne sais plus, il faudrait que je consulte l’agenda de cette année là - que, sur le moment, je jugeais brillante. J’eus peur de l’oublier pendant le cours particulier. Je n’avais pas de carnet sur moi. Normalement, j’ai toujours un carnet sur moi. Ce jour-là, non. C’est donc dans mon agenda de La Pléiade que j’ai noté cette idée. Mes agendas ont alors pendant quelques années remplacé mes carnets. On trouvera donc dans ceux-ci, en plus des rdv, de nombreuses idées, plus ou moins développées, des phrases illisibles, des mots entourés, soulignés avec insistance et dont je ne perçois plus aujourd’hui tout à fait l’importance.
Mes derniers agendas, les plus nombreux, les versaillais, sont un peu plus vides. Avoir un emploi fixe, sédentaire, me dispense de noter des rdv. Et pour mes idées, je me suis remis aux carnets. J’en ai un toujours sur moi. Un second se remplit plus lentement, sur mon chevet. Mon dernier agenda, celui de 2021, je l’utilise épisodiquement comme journal. Alors même que je tiens déjà un journal dans des cahiers format A4 - et je le tiens très lâchement, très mal.
Mes premiers agendas La Pléiade, je les achetais d’occasion (comme neufs) sur Rakuten - qui s’appelait encore Priceminister. Il y a un véritable marché de l’agenda La Pléiade sur le net. Je ne sais si ce sont des particuliers qui se payent des Pléiades pour remplir leur bibliothèque et revendent les agendas pour amortir un peu le prix de leur décoration reliée pleine peau ou si ce sont des libraires qui arrondissent leurs difficiles fins de mois en revendant sous le manteau quelques agendas. J’ai les moyens désormais de me payer deux volumes de La Pléiade par an - et même davantage si je le voulais - j’en profite.

J’ai reçu ce matin le colis renfermant le coffret, l’agenda et le Chevillard. À dix heures passées de sept minutes. Les services de FNAC.com et ceux de Chronopost sont parfois d’une efficacité proprement effrayante. Treize heures à peine se sont écoulées entre ma commande et l’arrivée de mes achats, parfaitement empaquetés, à côté de ma boîte aux lettres qui ne pouvait les contenir - ma boîte aux lettres est trop petite, pas aux normes postales. À se demander s’il n’y a pas quelque anticipation là-dessous, s’il n’y avait pas quelqu’un à la FNAC qui savait avant moi que j’allais commander les deux volumes de Borges et le court illustré de Chevillard et qui avait tout préparé dans l’attente que l’idée germe dans mon esprit - mélange de Minority Report et de Inception… Natacha (et moi aussi) préfère le premier des deux films, même s’il y a Cillian dans le second.

J’ai ouvert le paquet, vérifié que tout était en ordre, en parfait état puis pris mon petit déjeuner. Nous avons fait grasse matinée en ce premier jour de vacances, encouragés par la bouteille de Givry et la bouteille de champagne qui nous ont maintenu éveillés jusqu’à une heure du matin au son des Spice Girls, de Jamiroquai et de Noel Gallagher. Un toast beurré. Une compote pomme passion. Puis deux cafés. Deux lungo. J’ai mangé dans la cuisine. Bu dans le salon, Kula Shaker sur la platine.
C’est un café à la main que je me suis plongé plus sérieusement dans mes Borges. Idée un peu stupide de m’assurer que tous les textes que je connais de Jorge Luis - et je n’en connais pas tant, comparé à la somme réunie dans les deux volumes - se trouvent bien dans ces Œuvres Complètes. M’assurer que ces Œuvres Complètes portent bien leur titre. J’ai cherché en premier les Dix-Sept Haïkus que j’avais recopiés à la main, sur trois feuilles à petits carreaux dans un volume intitulé Poésies publié chez Gallimard et emprunté à la bibliothèque de Versailles.
Ensuite, je me suis intéressé au texte le plus important de Borges. Mon texte de Borges. Mon texte modèle. Référence. Rêvé. Celui que j’aurais aimé avoir écrit. Même si je ne l’aurais certainement pas écrit comme Borges l’a écrit. En premier lieu parce que je ne parle pas un mot d’espagnol. Encore moins l’espagnol d’Argentine. Je m’escrime d’ailleurs en vain depuis des années à tenter de le réécrire, ce texte de Borges. Je n’y parviendrai probablement jamais. Je réessaierai bientôt.
J’ai donc ouvert le volume I de La Pléiade. Et mon édition de poche de Fictions. Et ai comparé Pierre Ménard, auteur du Quichotte - puisque c’est là le texte dont il s’agit - dans le premier à Pierre Ménard, auteur du Quichotte dans la seconde. Mot à mot.
Tout allait pour le mieux. Jusqu’à la première parenthèse :
- en Pléiade : (dont les vendredis inoubliables me valurent l’honneur de connaître le regretté poète)
- en poche : (au cours des vendredis inoubliables de qui j’eus l’honneur de connaître le regretté poète).

Je n’ai pas pu poursuivre ma lecture.

Je ne sais qui croire. À qui accorder ma confiance. Privilégier la version de l’onéreuse Pléiade, ne serait-ce pas du mépris de classe ? Ne serait pas considérer que le plus cher est à coup sûr le mieux ? Que les pauvres méritent leur sort et n’ont pas droit au plus raffiné ? Au contraire, choisir la version de poche - que je connais depuis bien plus longtemps - ne serait-ce pas du populisme de bas étage ? Du complotisme ?

Moi qui espérais libérer de nouveau quelques centimètres sur les étagères de ma bibliothèque en revendant mes poches de Borges - mes Pléiades prennent place dans une autre bibliothèque, pas de mélange chez moi - me voici pris au piège, je vais être obligé de garder celui de Fictions. Jusqu’à ce que je tranche. Jusqu’à ce que je me décide entre les deux versions de Pierre Ménard, auteur du Quichotte. Jusqu’à ce que l’une me serve de base à ma réécriture du texte et que je mette l’autre à l’index comme apocryphe.

Et, en attendant, je me dis qu’il est grand temps que je me remette à ma traduction de Kafka, abandonnée il y a plus de dix ans.

dimanche 12 avril 2020

Dans la Boîte (4)

J’aurais certes pu m’en remettre au hasard, laisser décider à ma place, d’y entrer, dans la boîte, ou de ne pas y entrer, dans la boîte, le côté pile ou le côté face d’un rond de nickel ou de cuivre ou de ferraille quelconque ou de cuir ou même de carton - il parait, j’ai lu ça, je crois me souvenir, que certains pays ont, par le passé, frappé monnaie en carton, matériau pourtant fragile, qu’on ne peut manipuler à l’envi - ou la couleur d’une carte tirée au hasard dans un jeu de 32 ou de 52 ou de 78 cartes ou le chiffre - plus précisément : le nombre à un chiffre - affiché sur la face d’un dé (en distinguant par exemple les nombres pairs des nombres impairs ou les nombres premiers des nombres composés).
Il faudrait pour cela admettre que le hasard existe. Il faudrait pour cela que j’ai conscience du hasard. Que j’accepte l’idée de hasard. Je m’y refuse. Pourquoi me priverais-je du divertissement, sans cesse renouvelé, procuré par la recherche d’explications aux apparentes coïncidences ? Le hasard, les probabilités, les statistiques, les mathématiques appliquées, tout ceci n’a aucun sens pour moi. Loi normale, variance, covariance, test de χ2 ne sont rien que du chinois à mes oreilles qui sifflent. En ce qui me concerne, pour ce qui me préoccupe, la boîte et son intérieur, la géométrie suffit amplement.

mardi 1 décembre 2020

Rendez-Vous

Aujourd’hui, pour ouvrir le mois de décembre, j’avais prévu de commencer à publier une nouvelle intitulée Rendez-vous. Ce ne sera pas le cas. Je n’ai pas fini de l’écrire. Et ne l’achèverai pas. Même s’il ne reste que deux ou trois paragraphes à fignoler. Tant pis. C’est un rendez-vous manqué. Mon futur autobiographe ressortira dans quarante ans ce texte des cartons ou du nuage électronique et le trouvera bien mauvais - je le plains... parfois.

J’ai l’impression d’avoir perdu mon année à écrire Albert Merle et Rendez-vous. D’avoir passé un temps dingue sur deux textes que je n’aime pas, que je n’aimais pas (presque) depuis le début mais que je me suis forcé à écrire. Pour faire mes gammes. Me sortir de ma zone de confort. M’obliger à raconter une histoire. Et à la troisième personne du singulier. Sauf que je suis un écrivain - et un lecteur - qui s’intéresse peu à l’histoire racontée. Et que j’utilise le Je (le Je de majesté).

Si j’ai commencé ce blog, c’est (aussi) pour publier ce que je veux quand je veux. Quelle idée à la con, du coup, de m’imposer à moi-même des textes dont je n’ai pas envie. Merde à Rendez-vous. Merde aussi aux autres idées de nouvelles que je n’ai pas commencé à rédiger (Loto et La Voyante) et qui resteront à l’état de résumé de quelques lignes dans un carnet.

Je reprends les choses en main. Me redonne une ligne directrice.

Je vais donc :
1. Me faire couper les cheveux - pour le changement d’état d’esprit.
2. Finir la nouvelle que j’ai prévu en bonus du Recueil MLM 2020. Ceux qui ont été attentifs et ont de la mémoire savent de quel texte il s’agit.
3. Mettre en forme le Recueil MLM 2020. Au menu : Dans le Métro / Le Piano de MLM / Dans la Boîte suivi de Lettre Compte Double / Albert Merle / Texte Bonus.
4. Me remettre dès début 2021 à Humeurs / Dring / Dans la Boîte / La Montre. Des années de travail en perspective.
5. Peu importe s’il n’y a pas de Recueil MLM 2021. Ne plus se forcer à écrire des textes si je n’ai pas d’idée qui me permette d’écrire comme je le souhaite.

Tout de même, il y a un passage dans Rendez-vous qui me plait (et que, par conséquent, je réutiliserai sous peu dans un autre texte) et que je vous livre (moyennant quelques coupes) pour que vous n’ayez pas de regrets (pourquoi en auriez-vous ?) :

Il n’avait que peu dormi. N’avait que somnolé. Avait compté les moutons et les brebis galeuses. N’avait récolté que des bêlements apeurés. Il était le loup dans la bergerie.